Etre heureux, liberté, Séparation

Un jour…

Regarder le ciel bleu, entendre le rire des enfants, se replonger dans les souvenirs de sa vie d’avant et se dire qu’une rupture, ce n’est qu’un nouveau départ. Le début d’une nouvelle vie.

Que c’est un mal nécessaire pour avancer, un pas difficile à faire au-dessus du vide, en sachant qu’on a un parachute et qu’on ne risque rien. Un pas très difficile, qu’on aimerait repousser et repousser encore parce que c’est flippant et que là, on est pas si mal. Ca me rappelle les hésitations et la peur, quand, en haut d’un rocher en maillot de bain, on hésite à sauter dans l’eau noire et profonde d’une rivière. On est là, à savoir qu’on va adorer avoir sauté et qu’on sera très bien ensuite, et pourtant, on reste en haut, de longues secondes, à hésiter et à ne pas y arriver.

C’est la même chose. La même trouille mêlée d’excitation. Un pas. Un seul. Un mot, un seul (ou deux), et j’aurai sauté. Quelques démarches, quelques difficultés, mais rien d’insurmontable. En bas, la liberté. L’eau fraîche de la rivière. Les rires. Le bonheur. Les danses que j’imagine dans mon nouveau séjour encore vide de meubles, à fêter ma nouvelle vie avec mes garçons. Nos amis qu’on invitera pour un apéro improvisé à ouvrir des paquets de chips parce qu’on aura pas encore de four ni de table assez grande pour installer tout le monde.

Mon sourire, que j’imagine immuable.

Mon énergie, que je retrouverai.

Mon bien-être, qui deviendra du bonheur pour mes enfants.

La maison sera plus petite. Peut-être n’auront-ils plus une chambre chacun. Le jardin sera tout petit, peut-être même nous contenterons-nous d’un balcon. Je n’aurai plus les moyens de louer une maison avec piscine pour les vacances. Je n’aurai pas une télé immense. Je n’aurai plus le break au coffre immense pour emporter toutes nos affaires, avec 6 vitesses et 140 chevaux pour doubler les camions sur l’autoroute. On n’aura plus de tablette pour les jeux des enfants. Ils dormiront peut-être sur un matelas les premières semaines. Je n’aurai plus de chambre d’amis, je dormirai sur le canapé quand je recevrai mes amis ou ma famille. Je n’aurai peut-être plus de grande cuisine équipée belle et fonctionnelle, ni de terrasse en carrelage imitation bois avec des transats et un grand parasol. J’entendrai peut-être mes voisins se crier dessus ou leurs programmes télé du soir…

Mais on sera heureux, parce qu’on sera libres.

Et on fera des pique-niques dans le salon en buvant du sirop de fraise. Et on matera un dessin animé tous les trois pelotonnés sous un plaid sur le canapé, un dimanche d’hiver pluvieux. Et on courra en hurlant sur la plage, les pieds dans l’eau froide. Et on invitera les copains des enfants, pour des après-midi peinture ou loisir créatif, et il y en aura partout ensuite et ça ne sera pas grave car il n’y aura personne pour râler. Et on louera un camping-car un WE d’automne pour partir à l’aventure juste tous les trois.

Et je verrai dans leurs yeux, briller le reflet du bonheur.

Et peut-être un jour, je rencontrerai celui qui saura aimer celle que j’aurai enfin réussi à devenir.

Couple, Séparation

Tentative d’affirmation de soi

Le tenir à distance.

Tenir ses émotions, sa douleur, sa colère, sa frustration à distance. Ne pas m’en occuper. Je ne peux pas les gérer, je peux à peine les recevoir.

L’empathie c’est bien, mais parfois il faudrait savoir couper l’antenne et ne plus rien recevoir. Faire comme lui. Rester dans ma bulle avec mes émotions à gérer, puisque personne ne les gère pour moi.

Etre égoïste, pour une fois. Penser à MES besoins. Imposer mes besoins. Imposer sans crier, sans méchanceté ni rancœur, juste dire « stop, voilà ma limite, voilà ce dont j’ai besoin, là, maintenant, et c’est non négociable ». Et ce dont j’ai besoin, c’est quelques semaines (voire toute la vie, l’avenir le dira) sans lui. Sans lui, du tout ou seulement ce qu’on est obligés de partager pour les enfants. Terminé. Je ne suis plus à sa disposition, quand il a envie, quand il a besoin. Pour rien. Ni pour lui dire ce qu’il aimerait entendre, ni pour la tendresse, ni pour la compréhension, ni même pour la camaraderie. Juste un gros STOP, car aujourd’hui je restaure mes barrières.

Réfection. Gros œuvre en cours.

L’impression que depuis des mois, des années, mon espace vital, mon intimité, mon intégrité, sont bafouées. J’étouffe, j’explose. Alors ces prochaines semaines, je vais restaurer ces barrières devenues beaucoup trop poreuses. Ces barrières qui n’en sont plus. Ces derniers jours j’ai tout cassé, tout rasé. Il n’y a plus rien. Tout passe, tout me heurte de plein fouet. Pour reconstruire mon espace vital, j’ai besoin de temps. Peut-être de beaucoup de temps, seule ou avec ceux qui me font du bien et uniquement eux, à me sentir en sécurité.

Sécurité psychologique, sécurité affective. Ca prendra le temps qu’il faudra, mais je ne peux plus évoluer dans une relation qui m’étouffe et qui me met en danger.

J’ai mis du temps à comprendre cet aspect. Certes je ne suis pas en danger physiquement (quoiqu’au bout d’un moment, les manifestations de mon état psychologique désastreux finissent par être physiques), mais psychologiquement et affectivement, je dépéris. Je suis en déconstruction depuis quelques mois, sous son regard pesant empli de jugement.

Aujourd’hui, ma démarche est un réel plan de sauvetage. Il n’a pas du tout compris à quel point je me sens mal et à quel point rien n’est possible tant que je serai dans cet état.

Avec lui, les mots me manquent. Quand je lui fais part de ce que je viens d’écrire, il me rétorque « mais pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? » et je ne sais que dire. Je ne trouve pas les mots. Il réfute chacune de mes phrases, par des faits. Je n’arrive plus à lui parler. Chaque fois qu’il m’envoie ses arguments je me sens bête, les mots s’embrouillent, les idées me quittent. J’explique mes sentiments à ma mère et ma sœur, elles comprennent. J’explique à mes meilleures amies, elles comprennent. Lui, il ne comprend pas. Il est tellement enfermé dans sa vision des choses qui part inévitablement de sa douleur à lui, qu’il est incapable de se mettre à ma place et de comprendre mes impressions.

Je veux mettre un rideau. Bien opaque. Ne plus lui laisser l’accès à ma gentillesse, à mon empathie, à ma culpabilité. Il sait trop bien jouer avec. Il sait exactement comment tout obtenir de moi. Je ne dois plus accepter ce que je ne trouve pas acceptable. Je dois être consciente, absolument consciente, de chaque émotion que ses gestes, ses paroles ou ses regards suscitent en moi et faire confiance à mon intuition. Ecouter les signaux. Ecouter mon corps, sentir l’angoisse qui monte, regarder mes mains qui tremblent, et me demander pourquoi. Et dire non. Pas un non timide. Pas un non qui veut dire oui si t’insistes. Un vrai non. Ferme et définitif.

Différence, Séparation

Peur

Il s’accroche. C’est normal. Il tente des approches, me fait des caresses quand je passe près de lui, demande à voir mes seins.

Et moi je ne sais plus. Tentée, parce que c’est plus simple et parce que je sais faire, d’oublier, de tout oublier et de continuer comme avant en tentant d’améliorer ce qui peut l’être.

Tentée d’arrêter de réfléchir, d’accepter ses avances et de repousser ou abandonner ma quête.

C’est tellement difficile. Tous nos proches font tout pour nous expliquer qu’il faut nous redonner une chance, qu’il faut tenter, et dans chacune de leurs phrases j’entends « ne le quitte pas ». Et je trouve ça insupportable.

On leur raconte, ils s’en mêlent, c’est normal. Mais ils ne savent rien. Ne comprennent rien. N’entendent évidemment que ce qu’on dit, donc que ce qu’on arrive à verbaliser. Or il y a tout le reste. Toutes ces impressions, ces sensations, gravées dans mon esprit jusque dans mon corps. Tout ce que je ressens sans arriver à dire.

Je voudrais parfois entendre « suis ton instinct ». Mais non. On m’enjoint à être raisonnable. « C’est dur pour les enfants, tu sais ». « C’est pas facile la vie seule avec des enfants, non plus ». Mais que croient-ils ? Que je n’ai jamais pensé à ça ?

Aujourd’hui, je me sens plombée. Je pèse des tonnes, j’engloutis sans plaisir des cacahuètes parce que ça me calme, parce que ça occupe mes mains qui tremblent. Je ne sais plus ce que je pense, je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus ce que je veux.

Je veux partir, mais j’ai peur. Peur de tout. Peur de regretter, peur qu’il souffre, peur que les enfants souffrent, peur de ne pas y arriver, peur qu’il me manque, peur de ne retrouver personne, peur de me retrouver vieille et malheureuse, en ayant peur de tout et de tout le monde.

Mais j’ai peur aussi de rester. Rester et m’ennuyer à mourir toute ma vie, dans cette case qui n’était pas faite pour moi mais dont je n’aurais jamais eu le courage de sortir. La vie de famille, dans un pavillon avec jardin, en partant au soleil l’été et au ski l’hiver.

Mon rêve, si j’avais le courage : vivre seule avec mes garçons et m’octroyer deux fois par an une semaine entièrement seule, à vivre en osmose avec la nature, à marcher des heures par jour. Marcher sur des falaises, marcher dans des prés, marcher le long des routes, juste pour sentir mes pas réguliers sur le sol sans plus penser à rien. Marcher, seule, pour oublier ce monde stupide et retrouver les gestes d’antan. Les sensations instinctives. Retrouver la trace de l’humanité qui s’est perdue dans le chemin du progrès.

Jamais le titre de mon blog ne m’aura autant parlé. Et c’est bien. Ca m’aide à me rappeler quel est mon but. Raccommoder tant bien que mal une vie de couple à laquelle je ne tiens plus… juste parce que je sais que je ne serai comprise de personne et que j’aimerais que tout le monde comprenne. Que tout le monde sache que moi, c’est comme ça, j’y arrive pas. Je ne suis pas faite pour cette vie calme, plate et dont, pourtant, tout le monde rêve.

Mais quand je serai partie, je ferai quoi ? Je vivrai dans un petit logement (une petite maison de ville si j’ai de la chance), avec mes deux garçons, je les emmènerai à l’école, j’irai au travail, je reviendrai du travail, leur ferai faire leurs devoirs, les ferai manger et les coucherai. Et après ? Est-ce que ma vie sera vraiment foncièrement différente de ce qu’elle est aujourd’hui ?

Il serait temps que j’arrive à prendre des décisions sans penser à ce que les autres en penseront. Sans faire attention à tout ce que je vais entendre, toute cette trouille que les autres me renverront, alors que ce sera LEUR trouille. « tu es sûre ? », « est-ce bien raisonnable ? », « mais comment tu vas faire, seule avec tes deux enfants? », « enfin quand même, tu n’étais pas malheureuse… ».

Je vais devoir me battre. Me battre contre moi-même, et contre l’avis général. C’est le sort qui attend ceux qui ne se conforment pas. Ceux qui disent merde. Et j’ai toujours admiré ceux qui arrivaient à le faire. Alors pourquoi pas moi ? Pourquoi pas aujourd’hui ?

Partir me fait peur.

Rester me fait peur.

Je fais quoi, moi, dans ce merdier ???

Séparation

Emprise

J’ai du mal.

Je n’arrive pas à me libérer de ma culpabilité. Je ne sais pas où j’en suis. Hier j’avais envie de le retenir. De lui dire « mais non t’inquiète, on oublie tout, on continue ». Il est bien. Il m’aime. Il aime notre vie, notre famille. Moi je n’y suis pas bien, j’ai besoin de partir et besoin de construire ma vie, en-dehors de son regard limitant, encadrant, enfermant, rabaissant.

Il n’est pas d’accord. Il ne comprend pas en quoi son regard est destructeur pour moi. Il ne se rend pas compte qu’il voudrait contrôler mes faits et gestes, mes pensées, mes connaissances, mon emploi du temps. Il me dit « je ne t’ai jamais rien empêché de faire ! » et c’est vrai, strictement parlant, il ne m’a jamais dit « reste là », « ne sors pas », ou quelque chose d’approchant. Mais son regard veut dire la même chose. Il est réticent. Tout le temps. Il limite les horaires, me dit « ok mais à l’heure de la sieste », des fois que mes envies auraient un impact sur sa vie à lui, son organisation à lui.

Je ne me sens pas légitime (pas encore légitime ?) à ressentir tout ça. J’ai mis le doigt dessus, je commence à comprendre, mais je ne m’en sens pas le droit. Comme si ma souffrance à moi (j’hésitais même à écrire ce mot. Ai-je le droit de souffrir ?), ne pouvait pas être entendue ni légitime. Comme si mes ressentis étaient forcément exagérés, disproportionnés. Que seul lui avait la vraie souffrance. Celle de celui qu’on n’aime plus. Moi, si je décide de partir, je suis la méchante. Je suis celle qui détruit la famille. Je suis celle qui le fait souffrir. Mes raisons, ma souffrance (oui je l’écris, je le réécris pour le lire et le relire et enfin pouvoir le penser), mon mal-être à moi, il ne peut pas les comprendre. Je me sens tellement seule avec ça. J’aurais aimé qu’il puisse un jour me dire « je sais que je t’ai fait souffrir et je comprends ce que tu ressens ». Mais non. Il ne pourra jamais me le dire. Nous évoluons sur deux planètes distinctes, il n’a pas cette capacité d’empathie, il ne sait pas. Il ne voit pas. Il n’entend pas. Sa réponse, à chaque fois que je lui dis que c’est difficile pour moi, ce n’est pas « ah bon dis moi ce que tu ressens », c’est « pour moi aussi c’est difficile ». Et moi, j’ai l’impression que je ne fais qu’entendre sa souffrance, la prendre en moi, avec moi, pour moi et la porter avec lui. Le rassurer, encore. Le protéger, comme je peux. Pas suffisamment, semble-t-il… mais le plus possible.

Mais ce que je ressens profondément moi, qui ai nié, seule, toute ma personnalité au profit de sa sécurité et de son bien-être, ce n’est pas important. Je ne l’ai jamais dit, alors ce n’est pas important.

Comment peut-on s’oublier à ce point ? Comment ai-je pu, toute ma vie, ignorer la rébellion et la force qui grondaient en moi et ne les laisser sortir qu’à 36 ans ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que quelqu’un m’a fait comprendre, un jour, il y a très longtemps, que mes ressentis à moi n’avaient pas d’importance et que je ne devais pas les écouter ?

Pourquoi est-ce tellement ancré en moi, que même le jour où tout mon corps crie STOP, je n’arrive pas à le dire, pas à l’assumer, et à peine à le penser ? Je pense encore au mal que je vais lui faire, je me mets encore au second plan, c’est comme si je vivais sa souffrance en moi, en plus de la mienne. Comme si je portais tout, toute seule…

Parfois je me dis que ce n’est pas lui qui exerce une emprise sur moi, c’est moi qui ai créé cette emprise au fur et à mesure de mes comportements, de mes renoncements. J’ai créé ma propre prison dont j’essaie maintenant de m’enfuir…

liberté, Séparation

Cohabitation

J’ai dit stop. J’ai dit « c’est fini ».

Il a entendu « c’est fini pour l’instant ». J’ai du mal à dire « c’est définitif ». Non que je me garde une porte de sortie au cas où, car je crois que j’ai basculé dans le mode « sans retour ». Mais parce que c’est difficile à dire, et que ça entraîne tellement de conséquences concrètes et organisationnelles. Je crois que, même pour moi, j’ai besoin de faire les choses progressivement.

J’ai peur de lui faire du mal, peur de le blesser, peur de faire du mal aux enfants, peur de quitter ma maison, peur de franchir le pas. Affectivement c’est fait. Je me sens bien avec cette décision, j’ai la sensation d’avoir pris cette décision pour moi, pour mon bien-être psychologique et affectif et le fait de continuer à le voir est même difficile. J’aurais aimé une coupure brutale. Théâtrale. Partir chez ma mère avec mes enfants.

Oui, mais ma mère est arrivée chez nous avec ma nièce. On a organisé l’anniversaire de notre fils de 3 ans, ce WE, avec ma famille et sa famille. Il n’a pas voulu annuler au dernier moment.

Il n’y croit pas trop. Il croit qu’on va discuter, parlementer, négocier et réessayer. Et je n’arrive pas à dire simplement « mais non, c’est fini, complètement fini, maintenant ».

Il faudra que je le fasse. Que je fasse cette démarche.

Je laisse passer l’anniversaire de ce WE, et je lui dis. J’essaie. Ca me semble si difficile. J’ai eu le courage de le dire une fois, et il faut recommencer. Je sens qu’il va mettre du temps à réaliser.

Je pense que nous cohabiterons un certain temps. Pas trop longtemps, mais quelques semaines, afin de nous laisser le temps de digérer l’information, d’en parler sereinement aux enfants, et de les laisser faire leur rentrée dans les mêmes conditions concrètes que d’habitude. Deux rentrées importantes : CP et première année de maternelle. Je voudrais qu’ils prennent le temps de s’habituer à ne plus voir leurs parents s’aimer, se faire des câlins, voire même ne plus s’occuper d’eux en même temps, avant de déménager. Et puis, j’entamerai les démarches pour trouver un logement.

Ca va être un peu long, et cette période risque d’être la plus difficile. J’appréhende. J’ai mal au cœur, mal au ventre, parfois je suis tentée de me dire « on n’était pas si mal, finalement », au regard de toutes les difficultés qui m’attendent maintenant.

Comme si j’étais dans l’œil de la tempête. Une accalmie agréable mais nécessairement de courte durée. Il faudra repartir dans les hostilités. Affronter sa peine, sa douleur, et gérer la mienne aussi.

Faire le deuil de ma famille telle qu’elle est aujourd’hui.

Faire le deuil de ma maison et de mon confort.

Apprendre à gérer cette culpabilité qui risque de m’accompagner un moment, par rapport aux enfants. J’ose espérer qu’on saura faire les choses sereinement et intelligemment. Sans haine, sans reproches stériles, sans les impliquer dans nos discussions. Et que cette séparation ne sera pas un gros traumatisme pour eux. Qu’ils arriveront à être contents d’avoir deux maisons, deux chambres, deux fois plus de jouets. Qu’ils profiteront peut-être, plus de chacun de leurs parents quand ils nous verront séparément. Qu’ils réaliseront que l’attention et l’amour qu’on leur porte ne change pas. Que la seule chose qui change, pour eux, c’est le matériel. Ils resteront dans la même école, je veux rester dans notre petite ville que j’aime bien et dans laquelle je commence à me sentir chez moi.

Pour l’instant, reprendre des forces, me reposer, et me répéter, pour ne surtout pas oublier, pourquoi je fais tout ça.

Je suis une femme libre. Je suis libre de dire « cette relation ne me convient plus », même si ça heurte les idées de notre entourage qui voudrait garder pour nous l’image de la famille soudée.

J’entends déjà « c’est dommage pour les enfants », ou « c’est triste ».

Moi, je ne trouve pas ça triste. C’est ma renaissance. Ma force. Ma nouvelle vie qui va commencer. Ca n’a rien de triste. J’insufflerai à mes enfants cette force lorsqu’ils seront tristes, je leur dirai que papa et maman ne sont plus amoureux, mais que ce n’est pas grave. Et dans les premières semaines de séparation, je leur organiserai chaque WE où je les aurai, des sorties sympa, toutes celles que leur père ne voulait pas faire, pour qu’ils réalisent qu’ils ne perdront pas au change. On louera un camping-car juste tous les trois et on partira en WE. Libres. Mes garçons et moi. Et je m’appliquerai à les faire rire de bonheur et d’insouciance, car ça manque cruellement dans leur quotidien d’aujourd’hui.

Je ne vois pas ce qui est triste. Je les rendrai heureux parce que je serai libre.

Couple, liberté

Instinct de survie

Je ne peux pas vivre comme ça.
Je ne peux pas vivre surveillée comme ça.
Il est malade. Il est fou. Il a pété les plombs.
Il me surveille, il traque mon téléphone. Pourquoi ? Parce que j’ai été moins proche de lui pendant une semaine.
Une semaine ! Je n’ai pas le droit à l’erreur, pas le droit d’être moins bien, pas le droit de souffrir ou de me poser des questions. S’il voit un changement dans mon comportement, il prend peur.
Au lieu de me demander ce que j’ai, il pense que je cache quelque chose. Que je manigance quelque chose. Que je communique avec d’autres, je ne sais pas ce qu’il fantasme.
Il a ressorti de la corbeille de ma boîte pro un spam que j’avais supprimé. Il a eu peur d’un spam ! A force de fouiller et d’interpréter tout ce qu’il voit, tout ce qu’il lit, il se monte la tête et crée lui-même la base de sa panique. Il entretient sa peur et sa panique à partir de rien.
Rien !
Bon sang, j’ai rien fait ! Et j’ai encore eu peur, l’angoisse au creux du ventre, quand il a commencé son couplet. Je me suis revue en octobre, courbée sous son déversement de haine. J’ai revécu les mêmes angoisses hier, jusqu’à ce qu’enfin la petite voix à l’intérieur de mon cerveau me crie « eh oh mais cette fois tu n’as rien fait ! Rien du tout ! ». Tout est revenu. La peur, l’angoisse, les questions par milliers qui affleurent en une seconde « qu’est-ce qu’il a pu lire ? Qu’est-ce que j’ai pu écrire ? »…
Où est l’amour ?
Où est le respect, où est la tolérance ?
Il renvoie tout à lui. Ses sentiments, sa peur, son raisonnement, ses arguments. Moi, je ne compte pas. Moi, je me tais puisque j’ai tort. J’ai forcément tort puisque je lui cache des choses. Je lui cache forcément des choses puisqu’il ne trouve rien. C’est diabolique. Malsain. Totalement inconscient mais de la folie pure.
Je dois me sortir de là, je dois me protéger, je dois me libérer. Il ne changera pas. A part après une longue thérapie, il ne pourra pas dépasser ça.
Il n’a pas supporté de lire des mails que j’ai envoyé à un autre il y a dix mois, il n’a pas pu dépasser cette blessure, il va me le faire payer toute notre vie. Je dois être parfaite et soumise, ou je paierai pour mon crime.

Il me parle d’amour, il me dit que je ne l’aime pas autant qu’il m’aime. Mais il ne m’aime pas, il me possède. Il me veut comme il veut, comme il croit que je dois être, comme il pense que je peux être. Il me veut d’une certaine manière, et si je suis différente il consent, dans son infinie bonté, à accepter quelques grains de folie mais pas trop. Et surtout, que je sois douce et tendre, que je lui apporte tous les gestes de tendresse qu’il attend, sinon, c’est qu’il y a quelqu’un d’autre…

Je ne peux plus supporter ça. J’ai supporté beaucoup trop longtemps. J’ai cru qu’il lui fallait seulement du temps pour digérer, je lui ai laissé ce temps. Dix mois, et il est toujours aussi extrême, au moindre doute. Le moindre doute, qui s’insinue dès le moindre changement d’humeur.

Il scrute mon comportement et mon visage, il cherche à y déceler un peu de distance pour mieux me confondre, pour mieux m’attendre sur le terrain de la faute.
Je vais forcément commettre une faute, et il pourra me prendre en flagrant délit. Le kiffe. La joie suprême. Mais je ne commets pas de faute et il pète les plombs.

Hier il m’a confié qu’il m’avait surveillée. Qu’il avait fouillé mon téléphone dans ses moindres recoins, jusqu’à la corbeille de ma boîte professionnelle. Il n’y a rien trouvé, alors il a voulu me parler pour me faire avouer. Me faire avouer quoi ? Je ne sais pas. S’il avait trouvé ne serait-ce qu’un bout de conversation privée avec un homme, il aurait continué à me traquer dans l’ombre jusqu’à me coincer.

C’est de la violence. A l’état pur. Il ne me bat pas mais la violence de son comportement, de ses mots, la violence psychologique que j’endure est insupportable.
Ce soir, je dis STOP.
Ce soir, je dis ADIEU.
Je veux me libérer de cette emprise, je veux exister à nouveau pour moi, je veux pouvoir penser librement et écrire librement. Je veux souffler, je veux qu’il me laisse tranquille.

Il ne le sait pas, mais il ne me touchera plus. Il n’exercera plus son emprise.
Ce soir, je dis STOP.

Vacances

Retour de vacances

Nous revenons de vacances.

Avec en vrac, une trêve réussie : pas de disputes, pas de reproches (ou pas beaucoup), une bonne entente, de bons moments, et un peu de sexe aussi. Trop peu à son goût, comme toujours, mais de l’extérieur on pourrait croire à un couple qui va bien.

Pas de prise de tête, pas de réflexions, le cerveau en pause quelques jours. Encore de longs moments de rêve, surtout la première semaine. Il était là, dans mes songes, juste derrière mes paupières dès que mon emploi du temps me laissait cinq minutes pour penser. Là, comme un refrain qui ne s’arrête pas. Sans rancœur, sans tristesse, sans amertume, seulement le bonheur de savoir qu’il est là, quelque part, et que sans doute j’occupe aussi ses pensées.

Quelques très jolis souvenirs resteront de ces vacances. Comme cette traversée du magnifique lac d’Aiguebelette, seule dans l’eau couleur émeraude, mon corps glissant silencieusement dans l’eau douce presque tiède des chaleurs de l’été. Un aller-retour presque complet jusqu’à l’autre rive. Un peu d’adrénaline, un peu de peur, un peu de courant au retour qui m’a épuisée plus vite que prévu, la rive qui se rapproche, lentement, trop lentement. La fierté d’avoir tenté, d’avoir presque réussi, le bonheur d’avoir pu voler quelques instants de solitude au milieu d’une journée estivale et familiale.

Un traumatisme aussi, la blessure de mon plus jeune fils, un matin à l’hôtel, alors que je traînais encore cinq minutes au petit-déj à lire un journal, laissant mes fils remonter avec leur père. Les hurlements qui me parviennent depuis le couloir. La panique. Le sang. La serviette blanche tachée de rouge, l’oreille qui saigne, le papa qui panique, le grand frère choqué. Sept points de suture sans anesthésie, mon tout petit garçon qui hurle, qui se débat. Les points difficiles à faire dans le creux de l’oreille. Le temps qui paraît interminable. Mon petit guerrier sur pieds, sourire aux lèvres, courant et sautant, deux heures après… que d’émotions…

La joie de retrouver la maison, après quinze jours. Les enfants qui hurlent de bonheur à la vue de leurs jouets, de leur chambre, du jardin et des plants de courgettes qui portent leurs premières fleurs prometteuses…

Le rangement, les lessives, la pluie… Le retour…

Ce soir, je reprends possession de mon antre, assise à ma table sous la fenêtre alors que la nuit tombe déjà plus tôt. Rouvrir les fichiers, se replonger dans le travail, se remotiver, reprendre ses marques. Demain, je m’y remets ! 🙂

Couple

Trêve estivale

J’ai décidé de faire une trêve.

Arrêter de réfléchir, arrêter de voir tout ce que je n’aime pas dans ma vie de couple et dans ma vie de famille, et tout ce que je n’aime pas chez mon conjoint, car il y a aussi des choses que j’aime.

Dire à mon cerveau de se calmer, ne plus penser, pendant deux mois. Se reposer, profiter, voir les belles choses, organiser des sorties en famille, continuer mes projets d’écriture dès que j’ai un moment et ne pas céder à l’appel de la flemme qui me pousse souvent à m’affaler dans mon canapé avec mon téléphone et la télé…

Retrouver une communication sereine, retrouver le sourire au réveil, redevenir bienveillante.

L’autre soir nous avons parlé un peu, c’est vite devenu houleux, et il m’a dit « j’ai le sentiment que tu es en train de faire, au jour le jour, un étalage de tout ce que tu n’aimes pas en moi ». J’ai eu un flash de lucidité, je me suis dit « c’est vrai, c’est ce que je suis en train de faire et ce n’est vraiment pas sympa ». Je ne veux pas continuer dans cette voie. Si j’ai besoin de faire des listes, je dois les faire pour moi. Ne pas m’engager dans la facilité du reproche permanent qui est une démarche négative et aucunement constructive.

Je sais que sur certains points, il ne pourra pas changer. Je n’ai pas besoin de lui mettre ses défauts devant les yeux tous les jours, ça doit être insupportable. Je deviens insupportable. Je dois accepter ses défauts et savoir voir à nouveau ses qualités. Ca n’empêchera pas une future décision de séparation, mais ça ne rime à rien de rester et d’être désagréable.

Cette période de réflexion, de doutes, d’hésitations, est pénible pour nous deux. Fatigante, épuisante, déprimante. J’aimerais me réveiller un matin avec une certitude et ne plus reculer, ne plus avoir peur, ne plus douter. Pourtant, je sais que le doute m’accompagnera jusqu’au bout. Même lorsque la décision sera prise, si je pars, je douterai d’avoir fait le bon choix pendant longtemps. Toujours, peut-être. Comment pourrais-je savoir comment auraient tourné les choses si j’avais pris la décision contraire ?

On ne saura pas. On ne sait pas. On ne sait jamais. Ni avant, ni pendant, ni après. On prend une décision, et ensuite il faut vivre sans la remettre en cause. Regarder vers l’avenir et profiter du présent sans se demander comment ça aurait pu se passer.

J’ai conscience que ma vie idéale n’existe pas. Maintenant je dois me poser, me questionner, au plus profond de moi, pour comprendre si ce qui est plus important pour moi c’est la famille et la stabilité, ou la liberté.

L’un et l’autre sont flippants mais attirants.

Pour l’heure, laisser mon cerveau se reposer, laisser au couple le temps et l’occasion de se retrouver, remettre du plaisir et de la spontanéité là où progressivement on avait mis de la tension et de la réflexion.

 

Projet

Vaincre le syndrome de l’imposteur

Il m’a longtemps empêchée d’agir. Il m’a longtemps laissée croire que je ne pouvais pas y arriver, que je n’étais pas assez forte, pas assez préparée, pas assez formée, pas assez mature, pas assez intelligente…

Le syndrome de l’imposteur est un empêcher de tourner en rond, et plus précisément un empêcheur d’avoir confiance en soi, d’entreprendre ou de créer.

Répété en boucle par ma famille et plus particulièrement par mon père, qui n’a jamais cru en nous (ma sœur et moi), qui ne nous a jamais poussées plus loin que ce qu’il voyait. Je vois des parents répéter ou avoir répété à leurs enfants « vas-y, tu peux le faire ! » ou « j’ai confiance en toi », et donner confiance à leurs enfants. Leur donner des ailes, véritablement. C’est hyper important. Depuis, j’essaie de le faire avec mes enfants.

Moi, chez moi, quand j’étais petite ou ado, mon père qui voyait son frère s’extasier sur les capacités incroyables de ses enfants, s’est juré de ne pas faire pareil, et ne s’extasiait jamais. Sauf que du coup, il n’a jamais vraiment cru en nous et paraissait surpris à chaque réussite. J’ai le sentiment d’avoir été élevée avec une croyance toujours limitante de mes capacités, de mon potentiel et globalement du potentiel chance de la vie. Surtout, être raisonnable, ne pas trop rêver, ne pas s’aventurer trop loin, au risque d’échouer (mais aussi au risque de réussir).

Il m’en faut, maintenant, de l’énergie pour vaincre ces pensées qui ont été inscrites en moi dès mon plus jeune âge et qui ont accompagné toutes mes années d’enfance et toute mon adolescence. Pour renverser la tendance, pour penser autrement.

C’est difficile de changer sa façon de penser. Mais j’y arrive mieux maintenant.

J’entends encore, évidemment, Monsieur qui me rabâche qu’écrire c’est bien, mais que je n’arriverai jamais à en vendre et encore moins à en vivre. Je ne l’écoute plus. Ces paroles ne me servent à rien et surtout je n’en crois pas un mot. Ce n’est pas parce que les statistiques sont faibles que ce n’est pas possible, et surtout que JE ne peux pas y arriver.

Croire qu’on n’a aucune raison d’être moins bon qu’un autre, c’est la base de la confiance. Je ne pense pas être meilleure, je ne pense pas que ce sera facile, je ne pense pas que j’y arriverai forcément, mais partir dans un projet en se disant « ça ne marchera jamais », c’est le meilleur moyen de ne pas réussir.

Ça me gave de voir ceux qui sont incapables de croire en un rêve, essayer de décourager ceux qui essaient… Je ne veux plus ni les écouter, ni les entendre, j’aimerais si c’était possible les rayer de ma vie (mais pour celui avec qui j’ai fait mes enfants, c’est un poil compliqué) (bref c’est hors sujet).

C’est tout bête, mais les personnes qui me sont les plus proches et les plus chères croient en moi. Pas juste pour me faire plaisir, mais par conviction, et par façon de penser. Parce que ce sont des personnes positives qui pensent « ouah trop bien fonce ! » quand on leur expose un projet. Même un projet fou. Même un projet mal barré. Parce que ce sont des personnes qui aiment les challenges et qui pensent qu’il faut prendre des risques pour avancer. Et j’ai besoin de ces gens-là.

Exit les autres.

Et exit le syndrome de l’imposteur. OUI je suis capable, OUI je dois essayer, OUI je VAIS réussir.

Et pas seulement pour mon projet d’écriture. Dans le boulot aussi. J’ai toujours eu tendance à me dire qu’on me confiait des projets sans savoir que je n’en étais pas capable, ou que mes chefs surestimaient ma capacité à me former, ou qu’ils oubliaient que je n’avais jamais fait ça avant. Petit à petit je progresse, et quand on me confie un projet je dis « ok pas de soucis je vais gérer » et je vois ça comme un super challenge au lieu de me dire que je ne suis pas capable.

Ça change la vie, vraiment.

Et vous savez quoi ? Ben quand on se sent capable, on réussit bien mieux. La confiance en soi est le premier pas vers la réussite.

Couple, Etre heureux, Etre maman, liberté

Etre une mère libre, à quel prix ?

Beaucoup de questions en ce moment.

Beaucoup de réflexion, et pas l’énergie de les écrire ici. Oublier de penser, oublier de réfléchir, se murer dans le silence d’un cerveau qui ne doute pas… comme j’aimerais en être capable…

Je ne sais plus. Je ne sais pas ce qu’il faut faire. Je n’ai pas le mode d’emploi. J’ai mis le doigt sur les dysfonctionnements de mon couple. J’ai listé ce qu’il m’apporte et ce qu’il ne m’apporte pas et ne m’apportera jamais. J’ai réfléchi à ce dont j’ai besoin. J’ai compris qui je suis. J’ai accepté qui il est. J’ai fait une balance de ce que j’ai et de ce que je souhaiterais.

Maintenant, le plus dur reste à faire. Choisir. Prendre une décision.

Rester pour la tendresse qu’il m’apporte, pour la vie de famille, pour le partage quotidien des contraintes, des tâches, mais aussi pour la présence, pour le sexe, pour les bras forts et rassurants. Pour le confort financier aussi, pour la maison, pour les vacances en famille.

Ou partir pour l’épanouissement personnel, pour la liberté, pour la possibilité de rencontrer quelqu’un qui saura me voir et m’aimer telle que je suis, m’offrir de la compréhension, de l’empathie, et qui sait, me pousser, m’entraîner, être moteur ? Quelqu’un avec qui je ne m’ennuierais pas. Quelqu’un que je ne ressentirais pas constamment comme trop limitant, trop encadrant, trop strict, avec des idées trop arrêtées. Quelqu’un avec qui je pourrais partager mes pensées même les plus complexes ou les plus sombres sans jugement et sans peur.

Ou partir et ne rencontrer personne. Partir et rester seule. Et aimer être seule, peut-être ? Partir juste pour me libérer d’un carcan que je n’ai plus envie de supporter. Même si, c’est vrai, ce carcan a des aspects agréables, comme toutes les prisons dorées. Ce carcan m’apporte ce que d’autres rêveraient d’avoir… Oui mais si, moi, je n’en ai pas besoin ? Et si, moi, j’étais différente de « tout le monde » ? Pourquoi je devrais me contenter de ce dont les autres se contenteraient ? Pourquoi ne pourrais-je pas seulement écouter mon cœur, mes besoins à moi, mes envies à moi ? Qui peut juger ? Qui a le droit de juger ?

Parfois, je parle à certaines personnes de confiance de ce que je suis en train de vivre. Et les réactions sont diverses. Aussi diverses qu’il y a de personnalités. Alors dès que la personne se sent obligée de donner des conseils, je n’écoute plus, voire je lui dis « désolée mais je n’ai pas besoin de conseils ». Parce que chacun réagit avec ses tripes, avec son vécu et sa personnalité, et en pensant bien faire ils partagent leur avis. Teinté de subjectivité. Et c’est bien normal…

Ne plus écouter les conseils. Ni ceux qui me disent « tu l’as assez ménagé, écoute-toi, pars et sois libre ! », ni ceux qui me disent « mais tu te rends compte, c’est le père de tes enfants quand même, et puis ils sont encore petits, tu n’es pas pressée, prends ton temps, réfléchis bien… » (ça fait un an et demi que je réfléchis… comme si on pouvait prendre une telle décision sans réfléchir…).

Je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas ce que je serai dans quelques mois, ni où. Un jour je crois avoir décidé de rester, le lendemain j’ai envie de partir. Parfois même dans la même journée, mes sentiments changent.

Comme si j’avais besoin de prendre mon envol mais que je restais accrochée, désespérément accrochée.

Il y a aussi la culpabilité. Cette chose complexe qu’on comprend quand on devient mère, et qu’on ressent tous les jours. Culpabilité de ne pas être assez là, de ne pas faire assez bien, de mal faire, de mal dire, de ne pas être parfaite. J’ai peur de ne pas être une mère parfaite, comme toutes les mères, et en imaginant partir je me martèle que je leur fais du mal.

Je sais que ce n’est pas aussi simple. Je sais aussi que le message que je veux leur laisser dans leur vie, s’il n’y en avait qu’un, ce serait « restez libres. Quoiqu’il arrive ». Et moi, là, en hésitant, je ne leur montre pas le bon exemple. Peut-être qu’ils me reprocheront d’être partie. Peut-être qu’ils trouveront que leur nouvelle chambre est trop petite, peut-être qu’ils regretteront le jardin. Peut-être qu’ils trouveront que la vie à quatre était meilleure. Mais un jour ils me remercieront. Un jour ils sauront. Un jour ils comprendront et ce jour-là, je leur aurai fait un cadeau inestimable. L’exemple d’une mère libre et forte. Je veux être cette mère-là. Pas la mère protectrice qui se sacrifie pour ses enfants, pour son homme, pour sa famille. Ce n’est pas moi, cette mère-là. Ca me fait un peu mal parce que parfois j’aimerais en être capable, mais ce n’est pas moi. Et en fait, paradoxalement, j’ai la trouille d’en être vraiment capable et de ne pas savoir faire autrement, comme si un comportement de la « mère sacrifiée » était ancré depuis des millénaires en toutes les femmes…

Merde, c’est flippant.

Une sorte de déterminisme social qui me pousse à rester, et surtout à ne pas me plaindre. Franchement j’ai presque honte d’écrire ici le fond de ma pensée. Je le fais parce que j’en ai besoin, mais une partie de moi regrette de devoir écrire ça. La honte, le jugement des autres, la culpabilité, c’est bien pourri tout ça. Une gangraine qui t’empêche de vivre, et qui se transmet de génération en génération. Je suis bien contente de ne pas avoir eu de fille, je me serais posé des questions tous les jours sur ce que je lui apprends, ce que je lui lègue d’inconscient bien ancré en moi, ce que j’ai envie de lui transmettre…

J’ai envie de dire merde à tout et à tout le monde, de fermer les écoutilles et de faire ce que je pense devoir faire. Et j’y arrive pas. Je repousse. Je me trouve des raisons, des bonnes et des moins bonnes, des échéances que je repousse quand elles arrivent, j’ai la trouille.

Je sais que je vais emmener tout le monde dans mon sillage. Je sais que je ne décide pas pour moi toute seule. C’est ça qui me fait peur. Cette énorme responsabilité, ce rôle de chef de famille puisque je ne dois pas compter sur une décision de sa part.

Parfois j’ai l’impression qu’il attend que je prenne la décision parce qu’il ne peut pas la prendre lui-même, mais qu’il serait soulagé. Il aurait un moment de choc, un moment pour encaisser, un moment difficile de deuil à faire (ce que je suis en train de faire, il devra le faire en décalé…), mais ensuite il s’en sortirait bien. Il dit qu’il tient à notre vie de famille mais il serait bien, tout seul. Je ne me fais pas de soucis pour lui, finalement…

Bref, beaucoup, beaucoup de questions existentielles, peu de réponses ou pas très précises, du stress, de la fatigue.

En ce moment je me dis « je laisse passer l’été et la rentrée, et on voit ensuite ». Est-ce que je vais repousser encore ? Qu’est-ce que j’attends ? Une prise de conscience soudaine de sa part ? Un changement radical ? Un signe du destin, de Dieu, de la nature, de je ne sais quoi d’autre ?