Etre heureux, liberté

Le temps perdu

Lâcher prise.

Arrêter de penser pour observer, écouter.

Arrêter d’écrire des lignes et des lignes sur mes états d’âme et mes questions existentielles.

Arrêter de vouloir une décision rationnelle dictée par la logique et l’objectivité.

Prendre enfin en compte ce que JE suis et ce que JE ressens, écouter mes émotions et les laisser prendre les décisions qui s’imposeront.

Pour cela, apprendre à leur laisser une place. Une vraie place. Les nommer, les voir, les écouter, les laisser exister sans les combattre, sans vouloir toujours rationaliser, objectiver.

J’envie les personnes sans attaches. Celles qui ont compris depuis toujours que leur liberté n’avait pas de prix, qu’elles ne pourraient s’épanouir que sans engagement, sans contrainte ni affectives ni géographiques.

Hier, je regardais un reportage sur La Réunion et j’ai eu envie de m’installer là-bas. De tout quitter et de vivre de débrouille, dans la nature. J’ai vu les gendarmes de haute montagne et j’ai eu envie d’être gendarme de haute montagne. J’ai vu des gens passionnés, libres, et j’ai eu envie de leur ressembler.

J’ai dit à Monsieur « tu vois, eux toute la journée ils arpentent la montagne pour aider les autres. Et moi je fais quoi ? Je suis assise sur un canapé à regarder la vie des autres. C’est pitoyable ». Il m’a répondu « pourquoi tu dénigres la vie de la majorité de la population ? ». Je ne dénigre pas, mais moi, ça ne me plaît pas.

Cette nuit, j’ai rêvé que je quittais mon boulot. Sans rien derrière, sans filet, seule, et ça ne m’angoissait pas. Dans ce rêve, je réalisais soudain que je partais de mon poste mais que rien ne m’attendait ensuite. Et j’ai eu un sentiment libérateur de bien-être ! Et je me suis dit, toujours dans mon rêve, que j’avais un peu d’argent de côté et que j’allais prendre une année sabbatique. Ou que j’allais monter ma petite affaire de consultante. Je mettais l’argent au second plan, comme si ce n’était pas une donnée du problème. Et ça m’a plu.

Et j’ai envie de faire ça. De réfléchir à un autre métier (j’y ai déjà pas mal réfléchi), de tenter, de me dire « on verra bien » et « l’argent n’est pas une barrière ». Certes, mais il faut faire vivre mes enfants quand même.

C’est la crise de la quarantaine approchante, peut-être. Envie de tout plaquer et de me consacrer seulement aux choses qui ont de la valeur.

Comme consciente de tout ce temps perdu, comme observatrice du grand sablier du temps qui laisse les minutes, les jours, les mois, les années s’écouler sans jamais agir. En ne faisant que rêver. Et je me dis que si je meurs demain d’un cancer fulgurant, je m’en voudrais de n’avoir réalisé que les rêves les plus accessibles (vivre au bord de la mer, faire des enfants), et d’avoir laissé les autres en friche. De ne pas m’être occupée de ce qui fait vraiment battre mon cœur.

J’ai envie de ne plus perdre une seconde. Et je passe des journées entières, assise devant un ordinateur, à faire des choses qui sont utiles certes, qui ne sont pas inintéressantes certes, pour lesquelles je suis payée correctement certes, mais qui ne me font pas rêver. Qui ne font pas battre mon cœur. Qui n’ont pas de sens.

Heureusement, au milieu de ces longues heures perdues, il y a ces câlins faits à mes garçons, ces petites phrases qui valent de l’or et qui restent gravées dans ma mémoire, cette sensation d’être là avec eux, là pour eux, et puis ce manuscrit que je suis sur le point d’envoyer aux éditeurs.

Pas mon roman non. Malheureusement celui-là n’avance pas, la faute à mes problèmes de couple qui rendent l’écriture trop difficile. Non, un témoignage sur la PMA, le récit de deux ans et demi de ma vie. Comment vit-on ce parcours, quelles en sont les implications sur le couple, sur la vie professionnelle, sur notre rapport à la féminité, à la parentalité, à la pression sociale.

Je n’en attends pas de miracle, mais je devais le faire. Je voulais le faire depuis longtemps, j’espère qu’il sera accepté par un éditeur…

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Angoisse, liberté

Prison

C’était une prison.

Une prison à l’intérieur de laquelle elle se trouvait. Mais elle n’avait aucun souvenir d’y être entrée, aucun souvenir d’avoir vu des barreaux, avant. Elle vivait comme ça et ça lui semblait normal. Elle ne voyait pas autour d’elle, ces femmes qui ne pensaient pas comme elle, qui n’avaient pas de barreaux, autour de leur vie, autour de leurs pensées, autour de leurs conversations.

Elle avait l’impression de penser comme tout le monde, de vivre comme tout le monde, ni mieux, ni moins bien.

Elle se sentait bien un peu à l’étroit. Un peu étriquée, comme amputée d’une partie d’elle-même mais elle ne comprenait pas d’où venait cette sensation.

Elle sentait bien qu’elle avait besoin de liberté. De s’envoler. De sortir d’une cage qu’elle ne voyait pas.

Elle s’était imaginée qu’elle avait besoin, un besoin irrépressible et vital, de plus de liberté. Elle se disait que peut-être, son caractère et son impulsivité étaient la cause de ce besoin, sans doute plus important que pour les autres femmes qui avaient l’air bien dans leur couple, bien dans leur vie de famille.

Jamais elle n’avait envisagé que peut-être, si elle avait tant besoin de liberté, au point de penser vivre seule tout le reste de sa vie, c’était qu’il y avait un problème.

Un jour du mois d’août, elle a vu les barreaux.

Elle a ouvert les yeux, et ça lui a semblé évident. Violent, effrayant, difficile à croire mais évident : elle vivait dans une prison. Une prison affective, psychologique, dont les barreaux avaient été édifiés progressivement, jour après jour, sans que jamais elle ne se rebelle, sans que jamais elle ne réalise l’enfermement progressif.

Il refusait d’entendre ce qu’elle ressentait. Il la surveillait. Surveillait ses gestes, son degré de tendresse, son implication dans le couple, jour après jour, qui devait être sans faille. Il percevait la moindre fausse note, la moindre baisse de moral, et ne disait rien. Il attendait et interprétait tout ce qu’elle disait, tout ce qu’elle faisait, tout ce qu’elle ne faisait plus.
Il lisait ses mails, ses échanges intimes avec ses meilleures amies. Il lisait son blog, non pour la comprendre mais pour la juger.
Il lui faisait comprendre de rentrer tôt du travail, sans aucun détour possible à moins que ce ne fut pour la maison ou pour les enfants. Quand elle rentrait plus tard à cause d’une urgence au travail, il se demandait si elle n’avait pas une double vie.
Quand elle lui faisait part, parfois, de son sentiment d’étouffer, de son besoin de liberté, il lui répondait « mais ma pauvre, tu crois quoi ? Tu fais des enfants, tu assumes ! bien sûr qu’on en bave, tout le monde en bave, c’est normal ! » et faisait ainsi taire en elle le besoin qu’elle aurait pu croire légitime, de prendre du temps pour elle, de prendre des décisions pour elle, de vivre avec légèreté et spontanéité.

Elle avait fini par croire qu’il avait raison, et qu’elle avait tort. Qu’elle était dans l’erreur, et que bien sûr, les contraintes de la vie de famille passaient avant tout.

Elle ne voyait pas les autres couples, les autres familles, rire, sortir, danser, faire des activités, avoir des loisirs en-dehors de la maison, boire un verre, laisser jouer les enfants tard le soir en riant dehors sur une terrasse avec leurs amis.

Elle ne voyait plus rien. Elle ne pensait plus rien. Elle était devenue un automate, une mère de famille sans joie ni légèreté, car il l’avait décidé ainsi.

Il était en train de tuer en elle, progressivement, tout ce qu’il y avait de beau, de léger, de spontané, tout son instinct de vie, sa joie, ses passions, ses envies.

Il était en train de faire d’elle, sans en avoir conscience, sa chose, sa propriété, qui devait se conformer aux contraintes qu’il pensait incompressibles.

Mais l’instinct de vie a été plus fort. Elle se débat. Elle essaie de sortir de la cage. Elle essaie de scier les barreaux. Il en reste encore, elle a ouvert une brèche mais elle n’arrive pas encore à passer.

Elle essaie encore de le convaincre de l’aider à détruire avec elle ces barreaux qu’ils n’ont voulu ni l’un ni l’autre.

Couple, Séparation

Difficulté

Je suis en sécurité, dans ma chambre. J’ai investi le bureau, cette pièce, la dernière non refaite, où s’entassent bibliothèque, clic-clac, bureau, armoire, chaussures. Cette pièce plein sud avec un velux. Cette pièce entre les deux chambres des enfants. Cette pièce où j’entends chaque réveil de mon plus petit qui a un sommeil agité en ce moment.

J’y suis bien. C’est chez moi. Dans quelques jours, quand ma maman partira, je m’installerai dans la chambre d’amis toute neuve avec un lit deux places et une salle de bains. J’y serai bien aussi.

Je m’imagine, dans quelques semaines ou quelques mois, dans mon nouveau chez-moi, avec quelques meubles, juste l’essentiel. Et mes livres. Mon ordinateur, des jouets et les lits des enfants, une table, trois chaises (quatre parce que c’est plus joli). Dans l’idéal, une petite cour ou un petit jardin où ils pourraient aller prendre l’air ou jouer à la terre ou aux cailloux.

Je m’imagine cette vie assez facilement, et ça me plaît. Je passe des coups de téléphone pour chercher un appartement ou une maison, et ça me plaît.

Et pourtant.

Certains matins, je me réveille et je ne sais plus.

Je le vois, je lui parle, comme avant. Il n’y a plus d’animosité, plus de colère, juste encore parfois la tristesse. Il croit que je vais rester. J’ai accepté la cohabitation pour gagner un peu de temps pour me faire à l’idée de partir, et aussi parce que je n’ai pas le choix. Pas de logement, pas de famille. Mais on parle. On s’explique. Et il pense que tout va s’arranger. Et même si je dis que ce n’est pas si simple et que pour l’instant nos discussions, aussi constructives soient-elles, ne règlent rien, ne changent pas ma décision, il pense que ce n’est qu’une question de temps.

Il est comme d’habitude. Comme avant. Fait les mêmes choses, dans les mêmes pièces, aux mêmes horaires. Attend de moi les mêmes choses.

Et il est gentil. Il m’écoute. Il acquiesce. Il comprend. Il chemine et il est maintenant capable de me dire que j’ai raison. D’accepter l’idée d’avoir commis des erreurs, d’avoir eu des comportements exagérés, inadaptés.

Alors, je me demande si c’est possible.

Qu’il comprenne vraiment et qu’il m’apporte un jour ce dont j’ai besoin (écoute, amour, liberté, tolérance). Qu’on arrive à recréer un climat de confiance et de bienveillance.

Il le souhaite tellement, il est prêt à tous les efforts, toutes les démarches, et moi je pense « non » dans ma tête, je pense « c’est trop tard » et « je ne vais pas y arriver », mais en réalité je doute. Et pourquoi pas ?

Je me souviens de ces sensations d’angoisse extrême et de peur à ses côtés les derniers jours. Je me souviens de ces deux nuits où j’ai dû à nouveau partager son lit parce que tous les autres lits de la maison étaient pris. Je me souviens de cette impossibilité de me détendre, du message d’angoisse généré par mon cerveau qui m’interdisait de m’endormir. Je me souviens de cette nuit sur le canapé, où j’ai enfin pu respirer, jusqu’à ce qu’il se poste, comme ça, à 6h45, dans l’obscurité, debout devant moi, et que je ne devine de sa posture que de la colère et de l’incompréhension, que j’aie osé quitter son lit.

Je ne sais pas si on peut passer au-delà de ça. Si un jour je pourrais encore m’allonger à côté de lui en toute confiance et m’abandonner dans ses bras. Pour l’instant, c’est impossible. Je ne sais pas si ça peut être possible. Je ne sais pas si on peut revenir sur des ressentis aussi violents, aussi négatifs.

Quand je ferme la porte de ma chambre, je me sens bien. Il ne peut pas venir. C’est mon intimité. Je peux souffler. Je peux être moi et je n’ai pas de compte à rendre.

Mais quand j’imagine le jour du départ, le tri avant le déménagement, sous son regard courroucé empli de désespoir, je vois les enfants au milieu, j’imagine les déchirures, les difficultés, la colère. Je mesure l’ampleur de la tâche pour ranger, trier et préparer la maison à la vente, mêlées aux rancœurs et aux reproches.

Et ça me semble tellement difficile.

Couple, Séparation

Je voudrais…

Je voudrais tant qu’il comprenne.

Je voudrais qu’il ne souffre pas.

Je voudrais qu’il me dise « je comprends, je ne t’en veux pas ».

Je voudrais qu’il ne soit pas en colère, qu’il ne me déteste pas, qu’il puisse voir ce qu’on a vécu de beau au lieu de voir ce que nous avons détruit.

Je voudrais qu’il comprenne que nous sommes deux à porter la responsabilité de ce qui nous arrive, et que ce n’est pas parce que je prends la décision que je suis l’unique responsable de sa tristesse.

Je voudrais qu’il comprenne que ce n’est pas parce que je sais ne pas pouvoir être heureuse avec lui, que je n’ai plus de sentiments.

Je voudrais que les enfants ne souffrent pas.

Je voudrais qu’ils ne voient que la joie, que le bonheur, que la continuité de la vie, que l’aventure, que ma liberté.

Je voudrais que les gens ne jugent pas. Qu’ils m’épargnent leurs réflexions du genre « mais ils sont encore petits… tu as pensé à eux ? ».

Je voudrais qu’on ne se déchire pas. Qu’il ne dise pas du mal de moi aux enfants, plus tard. Que sa famille ne dise pas du mal de moi, devant eux. Qu’ils sachent épargner les enfants malgré leur besoin de me tenir responsable de la situation.

Je voudrais trouver une petite maison agréable où je trouverais la place pour mon piano, et où ils auront un petit coin de jardin pour jouer à la terre ou à l’eau.

Je voudrais que les enfants n’aient pas à faire face à la douleur de leur père. Je voudrais qu’ils ne m’en veuillent pas pour ça.

Alors qu’en réalité, je sais qu’il va souffrir, et je dois l’accepter. Je sais que les enfants vont souffrir, et je dois l’accepter et faire en sorte que ce soit le moins difficile possible pour eux. Je sais que les gens vont juger et faire des remarques déplacées. Je sais que je vais perdre des connaissances qui se disaient mes amis. Je sais qu’ils vont entendre du mal de moi quand je ne serai pas là. Je sais qu’ils vont pleurer de ne plus voir leur père aussi souvent.

Je sais que ce sera difficile. Et je dois l’accepter. Aller de l’avant et toujours garder en tête mes idéaux de vie. Voir chaque difficulté comme une épreuve et non comme un mur infranchissable. Me protéger et ne jamais plus me soumettre à quelqu’un.

Angoisse, liberté, Séparation

L’attente

Toute sa vie, elle s’était efforcée de faire ce que tout le monde voulait pour elle. Elle avait fait des études de droit, elle était entrée dans l’administration, elle s’était mariée avec un bel ingénieur passionné d’aéronautique qu’elle avait rencontré la veille de ses dix-huit ans.

Et puis, elle avait réussi à dire « merde ». Elle avait divorcé. Ils voulaient des enfants, elle ne tombait pas enceinte. Elle a passé quelques mois dans une école, logée sur place, elle avait fait l’expérience de la vraie vie. De la vie pour elle. Avec ses amis, ses décisions, sa solitude.

Quand elle avait divorcé, elle ne savait pas trop bien pourquoi. Peut-être que cette vie toute tracée lui faisait peur. Peut-être qu’elle s’était rendu compte qu’elle avait plein d’autres choses à vivre avant de pouvoir dire « pour la vie ». Que c’était trop tôt, trop fort, trop vite, trop sage.

Et puis, au lieu de se demander, à ce moment-là, ce qu’elle voulait vraiment, pour elle; quelle vie elle aimerait se construire, quelles étaient ses passions, ses besoins, ses rêves, elle avait replongé. Elle avait rencontré quelqu’un qui lui disait tous les jours qu’elle était belle. Qui la regardait avec amour. Qui l’emmenait au restaurant et en week-end. Elle n’était pas passionnément amoureuse, elle ne savait pas où ça la mènerait cette histoire, mais il était là. Il était gentil. Présent. Attentionné. Et un amant incroyable. Alors elle est restée.

Ils ont fait des enfants sur un malentendu. Elle a insisté, il s’est laissé convaincre. Plusieurs fois, pendant les deux ans et demi d’essai sans tomber enceinte, elle a douté. Elle s’est demandé si elle les voulait vraiment, ses enfants. Et à quel prix. Et si elle ne préférait pas sa liberté, son insouciance. Et puis, elle envoyait ses doutes valser parce que ça lui faisait peur. Parce qu’on n’arrête pas un processus de PMA juste pour des doutes sur ses envies, doutes bien légitimes après toutes ces déceptions. Pour lui, l’enfant n’était pas nécessaire. Le mariage non plus. Mais elle le voulait tellement, il lui a dit oui. Il n’a pas su entendre ses doutes. Elle n’a pas su les dire, elle avait peur de paraître inconstante, elle ne savait plus trop.

Les enfants sont arrivés. Ils ont apporté beaucoup de bonheur, beaucoup de fatigue aussi, et ils ont mis leur couple entre parenthèse. Parce que c’est ce que tous les parents font. Parce que l’enfant impose son rythme, ses besoins, et que rien d’autre ne compte. Le deuxième enfant les a encore plus fatigués. Il avait des bronchiolites à répétition, il dormait mal, il pleurait beaucoup. Ils étaient épuisés. Leur couple n’en était plus un.

Et puis les enfants ont grandi un peu. Un jour les bébés sont devenus de beaux petits garçons qui dormaient paisiblement la nuit.

Alors elle s’est réveillée de cette sorte de torpeur dans laquelle elle était depuis le début des essais. Elle s’est dit « mais, maintenant, on peut recommencer à vivre ! ». Elle a lutté, elle a réfléchi, elle a avancé. Beaucoup. Rapidement. Elle a découvert qui elle était et pourquoi elle ressentait depuis des années ce malaise insidieux qui ne disait pas son nom. Elle a essayé de l’emmener dans ses réflexions. Elle l’a malmené, insécurisé, ils ont beaucoup parlé.

Elle a dépensé beaucoup d’énergie, pendant deux ans, à lui montrer qu’ils pouvaient aussi être heureux. Qu’ils pouvaient apporter un peu de légèreté dans leur vie pesante où les contraintes dictaient leur loi. Qu’ils pouvaient sortir, voir du monde, emmener les enfants où ils voulaient.

Il a tenu bon. Il n’a pas voulu entendre. Il n’a pas voulu la suivre. Il a dit « je n’ai besoin de rien », et « c’est comme ça que je suis bien ». Elle a pris peur. Comment, comme ça ? En ne faisant rien, en ne voyant personne ? En râlant sur les enfants qui le gênaient quand il récurait le sol ? Ce n’était pas possible. Il ne pouvait pas être bien. Il lui disait « je suis mal uniquement de te savoir mal ».

Un jour, un matin après une nuit agitée, l’évidence lui a sauté aux yeux. Elle ne voulait pas de cette vie-là. Tout ce qu’ils avaient construit l’avait été sur des malentendus. Sur une absence totale de communication. Sur des non-dits et des refus de voir. Ils avaient fait, jour après jour, du mieux qu’ils pouvaient, et aujourd’hui, elle ne pouvait plus. Elle réalisait ce jour-là tout ce qu’elle n’avait jamais pu lui dire et qu’elle ne pourrait jamais lui dire.

Elle a eu un sursaut, un instinct. Instinct de vie, instinct de liberté. Ca ne sera pas cette vie. Ca ne sera pas avec lui.

Elle s’est souvenue de cette maxime célèbre « ah si jeunesse savait ! Ah si vieillesse pouvait ! » et elle s’est dit que c’était bien dommage qu’elle n’ait pas su tout ce qu’elle savait sur elle aujourd’hui, il y a dix ans. Elle s’est dit qu’elle aurait dû se poser toutes ces questions plus tôt. Qu’elle aurait dû écouter son instinct qui lui avait dit, dix ans auparavant « cette histoire ne te mènera nulle part ». Mais comme ce n’était pas désagréable, elle n’avait pas écouté son intuition. Elle lui avait juste dit « tais-toi, je m’en fous, aujourd’hui ça me fait du bien ».

Et c’est vrai que ça lui avait fait du bien.

Aujourd’hui, elle quitte cette vie. Elle a toutes les cartes en main. Elle sait qui elle est, elle sait ce qu’elle veut et surtout ce qu’elle ne veut plus. Elle a un gros sentiment de gâchis mais quelque part, sa petite voix qui voit toujours le verre à moitié plein lui glisse « il était là quand tu avais besoin de lui. Il t’a apporté amour et sérénité pendant des années ».

Alors, elle ne regrette rien. Elle réalise qu’elle a seulement vécu ce qu’elle avait à vivre, et qu’il fallait seulement, aujourd’hui, avoir le courage de dire stop.

Elle est là, encore avec lui, mais plus vraiment. Elle a su dire stop. Maintenant il faut vraiment partir. Il n’y croit pas trop, il la retient, il croit qu’elle bluffe, qu’elle fait une petite crise et qu’elle reviendra. Il croyait que ce serait éternel. Elle savait depuis toujours que le temps leur était compté.

Elle est là, mais plus vraiment.

Pas encore tout à fait partie, plus vraiment là. Ne sachant pas si elle doit rire de joie ou pleurer de désespoir. Par moments, l’angoisse la submerge et elle se sent incapable de faire face à cette décision si tranchée, si dépourvue de doute. A d’autres moments, elle se sent seulement très fatiguée.

Elle aurait voulu dormir, des jours et des jours. Le matin, aller au travail lui semble la plus délicieuse des délivrances. S’extraire de ce quotidien dont elle ne veut plus mais qu’elle doit encore supporter un peu. S’extraire de la douleur, de la souffrance, de l’espoir de celui à qui elle a dit stop. Le soir, rentrer chez elle lui semble une punition. Un retour à la prison. Le week-end, une attente insupportable avant le lundi matin libérateur.

Elle n’est déjà plus dans cette vie, mais pas tout à fait dans une autre.

 

Etre heureux, liberté, Séparation

Un jour…

Regarder le ciel bleu, entendre le rire des enfants, se replonger dans les souvenirs de sa vie d’avant et se dire qu’une rupture, ce n’est qu’un nouveau départ. Le début d’une nouvelle vie.

Que c’est un mal nécessaire pour avancer, un pas difficile à faire au-dessus du vide, en sachant qu’on a un parachute et qu’on ne risque rien. Un pas très difficile, qu’on aimerait repousser et repousser encore parce que c’est flippant et que là, on est pas si mal. Ca me rappelle les hésitations et la peur, quand, en haut d’un rocher en maillot de bain, on hésite à sauter dans l’eau noire et profonde d’une rivière. On est là, à savoir qu’on va adorer avoir sauté et qu’on sera très bien ensuite, et pourtant, on reste en haut, de longues secondes, à hésiter et à ne pas y arriver.

C’est la même chose. La même trouille mêlée d’excitation. Un pas. Un seul. Un mot, un seul (ou deux), et j’aurai sauté. Quelques démarches, quelques difficultés, mais rien d’insurmontable. En bas, la liberté. L’eau fraîche de la rivière. Les rires. Le bonheur. Les danses que j’imagine dans mon nouveau séjour encore vide de meubles, à fêter ma nouvelle vie avec mes garçons. Nos amis qu’on invitera pour un apéro improvisé à ouvrir des paquets de chips parce qu’on aura pas encore de four ni de table assez grande pour installer tout le monde.

Mon sourire, que j’imagine immuable.

Mon énergie, que je retrouverai.

Mon bien-être, qui deviendra du bonheur pour mes enfants.

La maison sera plus petite. Peut-être n’auront-ils plus une chambre chacun. Le jardin sera tout petit, peut-être même nous contenterons-nous d’un balcon. Je n’aurai plus les moyens de louer une maison avec piscine pour les vacances. Je n’aurai pas une télé immense. Je n’aurai plus le break au coffre immense pour emporter toutes nos affaires, avec 6 vitesses et 140 chevaux pour doubler les camions sur l’autoroute. On n’aura plus de tablette pour les jeux des enfants. Ils dormiront peut-être sur un matelas les premières semaines. Je n’aurai plus de chambre d’amis, je dormirai sur le canapé quand je recevrai mes amis ou ma famille. Je n’aurai peut-être plus de grande cuisine équipée belle et fonctionnelle, ni de terrasse en carrelage imitation bois avec des transats et un grand parasol. J’entendrai peut-être mes voisins se crier dessus ou leurs programmes télé du soir…

Mais on sera heureux, parce qu’on sera libres.

Et on fera des pique-niques dans le salon en buvant du sirop de fraise. Et on matera un dessin animé tous les trois pelotonnés sous un plaid sur le canapé, un dimanche d’hiver pluvieux. Et on courra en hurlant sur la plage, les pieds dans l’eau froide. Et on invitera les copains des enfants, pour des après-midi peinture ou loisir créatif, et il y en aura partout ensuite et ça ne sera pas grave car il n’y aura personne pour râler. Et on louera un camping-car un WE d’automne pour partir à l’aventure juste tous les trois.

Et je verrai dans leurs yeux, briller le reflet du bonheur.

Et peut-être un jour, je rencontrerai celui qui saura aimer celle que j’aurai enfin réussi à devenir.

Couple, Séparation

Tentative d’affirmation de soi

Le tenir à distance.

Tenir ses émotions, sa douleur, sa colère, sa frustration à distance. Ne pas m’en occuper. Je ne peux pas les gérer, je peux à peine les recevoir.

L’empathie c’est bien, mais parfois il faudrait savoir couper l’antenne et ne plus rien recevoir. Faire comme lui. Rester dans ma bulle avec mes émotions à gérer, puisque personne ne les gère pour moi.

Etre égoïste, pour une fois. Penser à MES besoins. Imposer mes besoins. Imposer sans crier, sans méchanceté ni rancœur, juste dire « stop, voilà ma limite, voilà ce dont j’ai besoin, là, maintenant, et c’est non négociable ». Et ce dont j’ai besoin, c’est quelques semaines (voire toute la vie, l’avenir le dira) sans lui. Sans lui, du tout ou seulement ce qu’on est obligés de partager pour les enfants. Terminé. Je ne suis plus à sa disposition, quand il a envie, quand il a besoin. Pour rien. Ni pour lui dire ce qu’il aimerait entendre, ni pour la tendresse, ni pour la compréhension, ni même pour la camaraderie. Juste un gros STOP, car aujourd’hui je restaure mes barrières.

Réfection. Gros œuvre en cours.

L’impression que depuis des mois, des années, mon espace vital, mon intimité, mon intégrité, sont bafouées. J’étouffe, j’explose. Alors ces prochaines semaines, je vais restaurer ces barrières devenues beaucoup trop poreuses. Ces barrières qui n’en sont plus. Ces derniers jours j’ai tout cassé, tout rasé. Il n’y a plus rien. Tout passe, tout me heurte de plein fouet. Pour reconstruire mon espace vital, j’ai besoin de temps. Peut-être de beaucoup de temps, seule ou avec ceux qui me font du bien et uniquement eux, à me sentir en sécurité.

Sécurité psychologique, sécurité affective. Ca prendra le temps qu’il faudra, mais je ne peux plus évoluer dans une relation qui m’étouffe et qui me met en danger.

J’ai mis du temps à comprendre cet aspect. Certes je ne suis pas en danger physiquement (quoiqu’au bout d’un moment, les manifestations de mon état psychologique désastreux finissent par être physiques), mais psychologiquement et affectivement, je dépéris. Je suis en déconstruction depuis quelques mois, sous son regard pesant empli de jugement.

Aujourd’hui, ma démarche est un réel plan de sauvetage. Il n’a pas du tout compris à quel point je me sens mal et à quel point rien n’est possible tant que je serai dans cet état.

Avec lui, les mots me manquent. Quand je lui fais part de ce que je viens d’écrire, il me rétorque « mais pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? » et je ne sais que dire. Je ne trouve pas les mots. Il réfute chacune de mes phrases, par des faits. Je n’arrive plus à lui parler. Chaque fois qu’il m’envoie ses arguments je me sens bête, les mots s’embrouillent, les idées me quittent. J’explique mes sentiments à ma mère et ma sœur, elles comprennent. J’explique à mes meilleures amies, elles comprennent. Lui, il ne comprend pas. Il est tellement enfermé dans sa vision des choses qui part inévitablement de sa douleur à lui, qu’il est incapable de se mettre à ma place et de comprendre mes impressions.

Je veux mettre un rideau. Bien opaque. Ne plus lui laisser l’accès à ma gentillesse, à mon empathie, à ma culpabilité. Il sait trop bien jouer avec. Il sait exactement comment tout obtenir de moi. Je ne dois plus accepter ce que je ne trouve pas acceptable. Je dois être consciente, absolument consciente, de chaque émotion que ses gestes, ses paroles ou ses regards suscitent en moi et faire confiance à mon intuition. Ecouter les signaux. Ecouter mon corps, sentir l’angoisse qui monte, regarder mes mains qui tremblent, et me demander pourquoi. Et dire non. Pas un non timide. Pas un non qui veut dire oui si t’insistes. Un vrai non. Ferme et définitif.

Différence, Séparation

Peur

Il s’accroche. C’est normal. Il tente des approches, me fait des caresses quand je passe près de lui, demande à voir mes seins.

Et moi je ne sais plus. Tentée, parce que c’est plus simple et parce que je sais faire, d’oublier, de tout oublier et de continuer comme avant en tentant d’améliorer ce qui peut l’être.

Tentée d’arrêter de réfléchir, d’accepter ses avances et de repousser ou abandonner ma quête.

C’est tellement difficile. Tous nos proches font tout pour nous expliquer qu’il faut nous redonner une chance, qu’il faut tenter, et dans chacune de leurs phrases j’entends « ne le quitte pas ». Et je trouve ça insupportable.

On leur raconte, ils s’en mêlent, c’est normal. Mais ils ne savent rien. Ne comprennent rien. N’entendent évidemment que ce qu’on dit, donc que ce qu’on arrive à verbaliser. Or il y a tout le reste. Toutes ces impressions, ces sensations, gravées dans mon esprit jusque dans mon corps. Tout ce que je ressens sans arriver à dire.

Je voudrais parfois entendre « suis ton instinct ». Mais non. On m’enjoint à être raisonnable. « C’est dur pour les enfants, tu sais ». « C’est pas facile la vie seule avec des enfants, non plus ». Mais que croient-ils ? Que je n’ai jamais pensé à ça ?

Aujourd’hui, je me sens plombée. Je pèse des tonnes, j’engloutis sans plaisir des cacahuètes parce que ça me calme, parce que ça occupe mes mains qui tremblent. Je ne sais plus ce que je pense, je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus ce que je veux.

Je veux partir, mais j’ai peur. Peur de tout. Peur de regretter, peur qu’il souffre, peur que les enfants souffrent, peur de ne pas y arriver, peur qu’il me manque, peur de ne retrouver personne, peur de me retrouver vieille et malheureuse, en ayant peur de tout et de tout le monde.

Mais j’ai peur aussi de rester. Rester et m’ennuyer à mourir toute ma vie, dans cette case qui n’était pas faite pour moi mais dont je n’aurais jamais eu le courage de sortir. La vie de famille, dans un pavillon avec jardin, en partant au soleil l’été et au ski l’hiver.

Mon rêve, si j’avais le courage : vivre seule avec mes garçons et m’octroyer deux fois par an une semaine entièrement seule, à vivre en osmose avec la nature, à marcher des heures par jour. Marcher sur des falaises, marcher dans des prés, marcher le long des routes, juste pour sentir mes pas réguliers sur le sol sans plus penser à rien. Marcher, seule, pour oublier ce monde stupide et retrouver les gestes d’antan. Les sensations instinctives. Retrouver la trace de l’humanité qui s’est perdue dans le chemin du progrès.

Jamais le titre de mon blog ne m’aura autant parlé. Et c’est bien. Ca m’aide à me rappeler quel est mon but. Raccommoder tant bien que mal une vie de couple à laquelle je ne tiens plus… juste parce que je sais que je ne serai comprise de personne et que j’aimerais que tout le monde comprenne. Que tout le monde sache que moi, c’est comme ça, j’y arrive pas. Je ne suis pas faite pour cette vie calme, plate et dont, pourtant, tout le monde rêve.

Mais quand je serai partie, je ferai quoi ? Je vivrai dans un petit logement (une petite maison de ville si j’ai de la chance), avec mes deux garçons, je les emmènerai à l’école, j’irai au travail, je reviendrai du travail, leur ferai faire leurs devoirs, les ferai manger et les coucherai. Et après ? Est-ce que ma vie sera vraiment foncièrement différente de ce qu’elle est aujourd’hui ?

Il serait temps que j’arrive à prendre des décisions sans penser à ce que les autres en penseront. Sans faire attention à tout ce que je vais entendre, toute cette trouille que les autres me renverront, alors que ce sera LEUR trouille. « tu es sûre ? », « est-ce bien raisonnable ? », « mais comment tu vas faire, seule avec tes deux enfants? », « enfin quand même, tu n’étais pas malheureuse… ».

Je vais devoir me battre. Me battre contre moi-même, et contre l’avis général. C’est le sort qui attend ceux qui ne se conforment pas. Ceux qui disent merde. Et j’ai toujours admiré ceux qui arrivaient à le faire. Alors pourquoi pas moi ? Pourquoi pas aujourd’hui ?

Partir me fait peur.

Rester me fait peur.

Je fais quoi, moi, dans ce merdier ???

Séparation

Emprise

J’ai du mal.

Je n’arrive pas à me libérer de ma culpabilité. Je ne sais pas où j’en suis. Hier j’avais envie de le retenir. De lui dire « mais non t’inquiète, on oublie tout, on continue ». Il est bien. Il m’aime. Il aime notre vie, notre famille. Moi je n’y suis pas bien, j’ai besoin de partir et besoin de construire ma vie, en-dehors de son regard limitant, encadrant, enfermant, rabaissant.

Il n’est pas d’accord. Il ne comprend pas en quoi son regard est destructeur pour moi. Il ne se rend pas compte qu’il voudrait contrôler mes faits et gestes, mes pensées, mes connaissances, mon emploi du temps. Il me dit « je ne t’ai jamais rien empêché de faire ! » et c’est vrai, strictement parlant, il ne m’a jamais dit « reste là », « ne sors pas », ou quelque chose d’approchant. Mais son regard veut dire la même chose. Il est réticent. Tout le temps. Il limite les horaires, me dit « ok mais à l’heure de la sieste », des fois que mes envies auraient un impact sur sa vie à lui, son organisation à lui.

Je ne me sens pas légitime (pas encore légitime ?) à ressentir tout ça. J’ai mis le doigt dessus, je commence à comprendre, mais je ne m’en sens pas le droit. Comme si ma souffrance à moi (j’hésitais même à écrire ce mot. Ai-je le droit de souffrir ?), ne pouvait pas être entendue ni légitime. Comme si mes ressentis étaient forcément exagérés, disproportionnés. Que seul lui avait la vraie souffrance. Celle de celui qu’on n’aime plus. Moi, si je décide de partir, je suis la méchante. Je suis celle qui détruit la famille. Je suis celle qui le fait souffrir. Mes raisons, ma souffrance (oui je l’écris, je le réécris pour le lire et le relire et enfin pouvoir le penser), mon mal-être à moi, il ne peut pas les comprendre. Je me sens tellement seule avec ça. J’aurais aimé qu’il puisse un jour me dire « je sais que je t’ai fait souffrir et je comprends ce que tu ressens ». Mais non. Il ne pourra jamais me le dire. Nous évoluons sur deux planètes distinctes, il n’a pas cette capacité d’empathie, il ne sait pas. Il ne voit pas. Il n’entend pas. Sa réponse, à chaque fois que je lui dis que c’est difficile pour moi, ce n’est pas « ah bon dis moi ce que tu ressens », c’est « pour moi aussi c’est difficile ». Et moi, j’ai l’impression que je ne fais qu’entendre sa souffrance, la prendre en moi, avec moi, pour moi et la porter avec lui. Le rassurer, encore. Le protéger, comme je peux. Pas suffisamment, semble-t-il… mais le plus possible.

Mais ce que je ressens profondément moi, qui ai nié, seule, toute ma personnalité au profit de sa sécurité et de son bien-être, ce n’est pas important. Je ne l’ai jamais dit, alors ce n’est pas important.

Comment peut-on s’oublier à ce point ? Comment ai-je pu, toute ma vie, ignorer la rébellion et la force qui grondaient en moi et ne les laisser sortir qu’à 36 ans ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce que quelqu’un m’a fait comprendre, un jour, il y a très longtemps, que mes ressentis à moi n’avaient pas d’importance et que je ne devais pas les écouter ?

Pourquoi est-ce tellement ancré en moi, que même le jour où tout mon corps crie STOP, je n’arrive pas à le dire, pas à l’assumer, et à peine à le penser ? Je pense encore au mal que je vais lui faire, je me mets encore au second plan, c’est comme si je vivais sa souffrance en moi, en plus de la mienne. Comme si je portais tout, toute seule…

Parfois je me dis que ce n’est pas lui qui exerce une emprise sur moi, c’est moi qui ai créé cette emprise au fur et à mesure de mes comportements, de mes renoncements. J’ai créé ma propre prison dont j’essaie maintenant de m’enfuir…

liberté, Séparation

Cohabitation

J’ai dit stop. J’ai dit « c’est fini ».

Il a entendu « c’est fini pour l’instant ». J’ai du mal à dire « c’est définitif ». Non que je me garde une porte de sortie au cas où, car je crois que j’ai basculé dans le mode « sans retour ». Mais parce que c’est difficile à dire, et que ça entraîne tellement de conséquences concrètes et organisationnelles. Je crois que, même pour moi, j’ai besoin de faire les choses progressivement.

J’ai peur de lui faire du mal, peur de le blesser, peur de faire du mal aux enfants, peur de quitter ma maison, peur de franchir le pas. Affectivement c’est fait. Je me sens bien avec cette décision, j’ai la sensation d’avoir pris cette décision pour moi, pour mon bien-être psychologique et affectif et le fait de continuer à le voir est même difficile. J’aurais aimé une coupure brutale. Théâtrale. Partir chez ma mère avec mes enfants.

Oui, mais ma mère est arrivée chez nous avec ma nièce. On a organisé l’anniversaire de notre fils de 3 ans, ce WE, avec ma famille et sa famille. Il n’a pas voulu annuler au dernier moment.

Il n’y croit pas trop. Il croit qu’on va discuter, parlementer, négocier et réessayer. Et je n’arrive pas à dire simplement « mais non, c’est fini, complètement fini, maintenant ».

Il faudra que je le fasse. Que je fasse cette démarche.

Je laisse passer l’anniversaire de ce WE, et je lui dis. J’essaie. Ca me semble si difficile. J’ai eu le courage de le dire une fois, et il faut recommencer. Je sens qu’il va mettre du temps à réaliser.

Je pense que nous cohabiterons un certain temps. Pas trop longtemps, mais quelques semaines, afin de nous laisser le temps de digérer l’information, d’en parler sereinement aux enfants, et de les laisser faire leur rentrée dans les mêmes conditions concrètes que d’habitude. Deux rentrées importantes : CP et première année de maternelle. Je voudrais qu’ils prennent le temps de s’habituer à ne plus voir leurs parents s’aimer, se faire des câlins, voire même ne plus s’occuper d’eux en même temps, avant de déménager. Et puis, j’entamerai les démarches pour trouver un logement.

Ca va être un peu long, et cette période risque d’être la plus difficile. J’appréhende. J’ai mal au cœur, mal au ventre, parfois je suis tentée de me dire « on n’était pas si mal, finalement », au regard de toutes les difficultés qui m’attendent maintenant.

Comme si j’étais dans l’œil de la tempête. Une accalmie agréable mais nécessairement de courte durée. Il faudra repartir dans les hostilités. Affronter sa peine, sa douleur, et gérer la mienne aussi.

Faire le deuil de ma famille telle qu’elle est aujourd’hui.

Faire le deuil de ma maison et de mon confort.

Apprendre à gérer cette culpabilité qui risque de m’accompagner un moment, par rapport aux enfants. J’ose espérer qu’on saura faire les choses sereinement et intelligemment. Sans haine, sans reproches stériles, sans les impliquer dans nos discussions. Et que cette séparation ne sera pas un gros traumatisme pour eux. Qu’ils arriveront à être contents d’avoir deux maisons, deux chambres, deux fois plus de jouets. Qu’ils profiteront peut-être, plus de chacun de leurs parents quand ils nous verront séparément. Qu’ils réaliseront que l’attention et l’amour qu’on leur porte ne change pas. Que la seule chose qui change, pour eux, c’est le matériel. Ils resteront dans la même école, je veux rester dans notre petite ville que j’aime bien et dans laquelle je commence à me sentir chez moi.

Pour l’instant, reprendre des forces, me reposer, et me répéter, pour ne surtout pas oublier, pourquoi je fais tout ça.

Je suis une femme libre. Je suis libre de dire « cette relation ne me convient plus », même si ça heurte les idées de notre entourage qui voudrait garder pour nous l’image de la famille soudée.

J’entends déjà « c’est dommage pour les enfants », ou « c’est triste ».

Moi, je ne trouve pas ça triste. C’est ma renaissance. Ma force. Ma nouvelle vie qui va commencer. Ca n’a rien de triste. J’insufflerai à mes enfants cette force lorsqu’ils seront tristes, je leur dirai que papa et maman ne sont plus amoureux, mais que ce n’est pas grave. Et dans les premières semaines de séparation, je leur organiserai chaque WE où je les aurai, des sorties sympa, toutes celles que leur père ne voulait pas faire, pour qu’ils réalisent qu’ils ne perdront pas au change. On louera un camping-car juste tous les trois et on partira en WE. Libres. Mes garçons et moi. Et je m’appliquerai à les faire rire de bonheur et d’insouciance, car ça manque cruellement dans leur quotidien d’aujourd’hui.

Je ne vois pas ce qui est triste. Je les rendrai heureux parce que je serai libre.