Création, Ecriture

Ecrire, puis publier.

Longtemps, je pensais que le plus difficile dans le fait de devenir écrivain, c’était d’accrocher l’intérêt d’un éditeur.

Ensuite, j’ai pris confiance en moi et je me suis convaincue que ce n’était pas une difficulté, c’était le hasard. Et que ce hasard là pouvait se tenter. Ce n’était pas un problème, ni une difficulté à laquelle je devrai faire face : c’était le destin. Si je devais être publiée un jour, je le serai. Sinon, tant pis.

Puis j’ai commencé à écrire, et j’ai trouvé que finalement, la plus grande difficulté dans le processus de devenir écrivain, c’est d’écrire. Un comble, alors que j’ai toujours tellement aimé ça, que je n’ai jamais eu de difficulté ni pour trouver une idée ni pour rédiger… Mais une fois devant ce fichier ouvert, il fallait le remplir. Et pas le remplir de deux pages de bavardages comme je le fais ici, non, le remplir d’un contenu structuré, qui serait à la fois intéressant, vivant, spontané, construit, agréable à lire et délivrant un message. Sacré challenge.

Ensuite j’ai encore changé d’avis. J’ai acquis un peu de pratique, j’ai mis au point des méthodes personnelles, j’ai appris à reconnaître les moments propices à l’écriture, l’état dans lequel je devais me mettre pour pouvoir créer, et surtout je me suis décomplexée sur le côté « intéressant » de ce que j’écrivais, car j’ai réalisé que je serai toujours le plus mauvais juge pour décider si mes écrits sont intéressants ou non. Je me suis alors focalisée sur le message que je voulais délivrer, et sur le style que je souhaite spontané, pas trop travaillé, pas trop parfait, donc je me suis libérée de certaines de ces contraintes et je me suis seulement dit : j’écris ce que je dois écrire, j’écris ce qui doit être dit, sans autre considération.

Aujourd’hui, et alors que mon premier projet est terminé (en attente d’une dernière relecture par un regard extérieur) et que je vais bientôt l’envoyer aux éditeurs que j’ai déjà sélectionnés, et que mon second projet (le roman) est bien avancé, je trouve une difficulté nouvelle, et autrement plus difficile à dépasser car je ne la maîtrise pas : la peur d’être lue.

J’ai toujours aimé et eu envie d’être lue, mais derrière cette envie se cachent la peur et la pudeur. Une fois publié, un roman vous échappe. Autant je peux décider de limiter moi-même les lecteurs de mon blog qui, par ailleurs, reste anonyme, autant une fois le projet envoyé à un éditeur, je ne peux plus rien.

Il faut accepter que sous votre nom, soit publié votre récit. Ca paraît évident, mais il faut être prêt à ce que TOUT le contenu du roman, qui contient un nombre incalculable de réflexions, de façons de penser, de regards plus ou moins acérés sur la vie plus ou moins cachés dans une histoire plus ou moins inventée, soit lu, potentiellement, par tous vos proches. Parents, grands-parents, amis, conjoint, collègues, connaissances. En écrivant, parfois l’idée me frappe violemment : « untel va lire ceci, potentiellement, un jour ».

Ecrire, c’est se mettre à nu. C’est un acte intime, voire l’acte le plus intime qui soit, qui met à nu votre âme entière. Il faut accepter de se mettre à nu devant l’humanité. Certes, il est tout à fait probable que mon roman ne soit pas lu par des millions de personnes. Je n’ai pas la prétention de penser faire un buzz, mais même. Même quelques centaines ou milliers de personnes, c’est impressionnant. C’est surtout impossible à anticiper.

Dans chaque phrase que j’écris, il y a beaucoup de moi. De moi sans filtre, sans cadre, sans masque, je me dévoile dans chacun de mes mots, dans l’emplacement de chaque virgule, je me livre.

Je pense souvent à ce que mes parents, mon conjoint, ma sœur, penseraient en me lisant. Est-ce qu’ils comprendraient ce qu’il y a derrière les mots ? Est-ce que mon histoire serait comprise comme j’ai voulu l’écrire ?

Et puis, vite, je chasse ces pensées. Peu importe. Vouloir être publiée, c’est aussi s’affranchir du regard des autres. Assumer sa pensée, aussi intime et dissidente soit-elle. Parce qu’on ne peut pas être lu et attendre le jugement des autres. On écrit pour se libérer, pour dire au monde ce qu’on a à dire, peu importe si ça n’emporte pas l’adhésion, ou si ça ne plaît pas. Je ne dois surtout pas y penser dans la phase de création. Je ne dois pas me censurer, je ne dois pas penser au lecteur. Qui sera-t-il ? Comment accueillera-t-il mon histoire ? Mon style ?

Je ne le saurai pas. Et puis chaque lecteur doit rester libre de recevoir le texte comme il le souhaite. Ce n’est pas moi qui ferai vivre le récit, ce sera le lecteur.

Lâcher prise.

Création, Ecriture

Connaître son processus créatif

Je suis une créative. J’aime par-dessus tout créer des choses à partir de rien, les imaginer puis les faire exister.

Je ne peux pas m’épanouir sans projet de création. Je dépéris. Le support varie en fonction des périodes, mais j’ai en permanence plusieurs projets en tête, dans tous les domaines. Créer un site internet, créer une activité rémunérée, construire un dressing, une bibliothèque, une cabane pour les enfants, imaginer et coudre un vêtement ou un déguisement, écrire une histoire ou un roman.

Je ne me réalise qu’en créant, je déteste le tout-prêt, les kit à monter (pourtant comme tout le monde c’est ce que je fais souvent quand je manque de temps), les patrons, les plans dessinés par d’autres, les ateliers d’écriture où on nous impose un cadre. Je déteste ne pas être maître, entièrement maître de A à Z, de ce que je crée.

Dans la vie de tous les jours, boulot, enfants, contraintes ménagères, j’ai peu de temps pour créer, peu de moments propices.

Mais là, je suis en arrêt de travail, obligée de passer de nombreuses heures par jour allongée, et je remarque que mon cerveau est à fond. L’activité électrique est à son maximum, beaucoup plus sollicitée que quand je travaille (un comble !), j’ai mille envies, mille projets qui, à défaut de ne pouvoir prendre forme concrètement ces jours-ci, prennent corps dans mon imagination et sur un petit carnet où je ne manque pas de tout noter. Comme je dessine très mal, j’évite de faire des plans car ils sont bien plus précis dans ma tête.

Du coup, j’en viens au fait : mon processus créatif, se situe dans l’inaction.

Ces heures que je passe à ne rien faire, sont un formidable accélérateur d’idées et sont loin d’être stériles.

Pendant que je m’occupe vaguement sur mon smartphone ou que j’écoute une émission, seule dans la maison, toutes fenêtres ouvertes pour laisser entrer cette petite brise maritime, le processus créatif est à son comble. Il ne manque plus que la disponibilité physique pour réaliser tous mes projets.

Dans nos quotidiens trop rythmés, il n’y a plus de place pour la rêverie. On ne peut plus prendre son temps, s’allonger sur un transat le matin à écouter les oiseaux chanter, regarder dans le vide, un crayon suspendu au-dessus d’une feuille, le temps que le cerveau fasse le tri tout seul.

Les idées viennent quand on les laisse venir. Elles sont là, disponibles, elles n’attendent plus qu’on les voie et qu’on leur laisse une petite place. Ensuite, le cerveau fait tout tout seul. Il ne faut pas y penser, laisser les choses se faire naturellement, et les idées fusent.

J’en viens également, grâce à ces journées hors du temps (qui sont malheureusement comptées, quoique quand elles seront terminées c’est que je serai guérie), à mieux connaître les horaires propices à la réalisation.

J’ai remarqué que j’avais une bonne capacité de réalisation et de concentration le matin jusqu’au repas (qui peut être décalé en début d’après-midi si je prends une petite collation dans la matinée), mais qu’ensuite, tout l’après-midi s’enchaînent des phases de fatigue, de rêverie, où l’imagination est à son comble. Ce ne sont pas des heures propices au travail et à la réalisation, ce sont les heures dédiées à la rêverie et aux idées. Je ne dois pas prévoir des activités compliquées dans l’après-midi, j’ai besoin de calme, de solitude, de m’occuper avec des choses simples et basiques qui laissent mon esprit vagabonder. Besoin de m’allonger aussi et de réfléchir sans être dérangée.

Puis, en fin d’après-midi et en soirée, c’est le retour d’une énergie créative. Les idées sont rangées, triées, la rêverie s’est tarie et l’heure est à nouveau au travail et à la concentration.

D’ailleurs au boulot, je l’avais déjà remarqué. Je peux être très concentrée le matin, mais l’après-midi j’ai un mal fou à être efficace, jusque vers 17h (c’est con, mes journées de travail se terminent entre 17 et 18h30 !) (c’est bien la preuve que les journées de travail classiques ne sont pas adaptées à notre chronobiologie).

En soirée je suis très efficace, jusqu’à une heure avancée de la nuit si je ne suis pas en déficit de sommeil.

Ce qui est dommage, c’est qu’entre 16h et 20h30 on doit s’occuper des enfants.

Donc dans une vie idéale où je pourrais organiser mes journées de travail comme je le souhaiterais, il faudrait que je travaille le matin (écriture, création, relecture, recherches) après avoir emmené les enfants à l’école, en début d’après-midi que je prenne un moment de repos (plutôt pour rêvasser que pour dormir) avec éventuellement quelques tâches ménagères qui me permettent de m’évader dans mes pensées, que je m’occupe des enfants dès 16h et que je puisse passer le relai au papa de 18h à 20h pour travailler à nouveau, je m’occuperais d’eux pour le repas et le coucher, et je me remettrais à travailler quand ils seraient couchés.

Si je pouvais choisir, je m’organiserais comme ça.

Dans une autre vie, celle où je serai écrivain !

Ecriture

Chapitre 1

1

« Je suis en avance.

Je marche tranquillement sur le quai Jules Courmont, il ne fait ni chaud ni froid, un temps agréable d’une journée de mai, nous sommes mardi et j’ai tout mon temps. Je profite de ces quelques jours à Lyon pour flâner dans les rues, sur ces quais, et je retrouve des sensations que j’avais autrefois lorsque j’empruntais les mêmes rues pour rentrer de l’école.

Rien n’a changé mais tout est différent. Les immeubles, les rues, les restaurants sont les mêmes qu’à l’époque et pourtant je ne reconnais pas vraiment la ville, j’y ai perdu mes repères, mes habitudes, mes amis. Je suis une étrangère, une habitante d’ailleurs qui revient en touriste.

Qu’importent mes souvenirs, les centaines de fois où j’ai attendu ici, pris le bus là, tourné dans cette rue, regardé cette petite boutique de chaussures. Ce ne sont que des souvenirs et aujourd’hui je suis ailleurs.

Je devrais être bien, mais une appréhension incontrôlable me donne mal au cœur depuis quelques jours. Comme un oral d’examen. Comme un rendez-vous chez le médecin lorsqu’on a peur d’entendre une mauvaise nouvelle. Comme de passer au tableau un jour où on n’a pas appris sa leçon.

Je vais improviser.

Je n’ai pas révisé.

Je n’ai pas réfléchi à ce que je vais te dire.

J’ai rendez-vous avec toi, et je ne sais pas comment ça va se passer, je ne sais pas ce que tu attends ni ce que je vais être capable de dire ou de ne pas dire.

Je ne l’ai pas vu depuis douze ans. Je n’ai plus parlé de lui à personne depuis presque autant de temps, j’ai essayé de tout oublier et je me suis lancée corps et âme dans une nouvelle vie. Je ne pensais jamais à lui, à nous, j’avais fait le vide pour permettre à quelqu’un d’autre de prendre la place immense qu’il avait laissée. Celui qui a pris sa place a fini par la remplir entièrement et j’ai relégué cette ancienne histoire au fin fond de ma mémoire, dans un tiroir que je n’ai jamais eu envie d’ouvrir.

Aujourd’hui, avec toi, je vais rouvrir ce tiroir et je ne sais plus trop ce qu’il y a dedans.

Aujourd’hui je viens ici, seule, fouler ces trottoirs où nous marchions main dans la main, éblouis par la beauté des sentiments qui nous unissaient. Et je ne ressens rien. Ni nostalgie, ni soulagement, ni contentement. Rien. Juste cette angoisse de revoir quelqu’un que je n’ai pas revu depuis mon ancienne vie.

Il y a une éternité.

J’ai pris le train hier et j’ai dormi à l’hôtel afin de me laisser la nuit pour me préparer à cette rencontre. Tu m’a écrit un mail et j’ai répondu oui. Tu veux me revoir pour parler, tu me dis que tu en a besoin pour comprendre, mais que tu n’as pas réussi à le faire avant.

Tu avais douze ans quand j’ai fait la connaissance de ton frère, déjà un petit bout de femme au caractère bien trempé qui m’a vite fait comprendre que je n’avais pas intérêt à lui voler son grand frère. Je suis un peu devenue ta sœur. J’avais dix-huit ans et j’étais amoureuse. Ça devait durer toute la vie. »

Voilà, juste comme ça, j’avais envie de partager avec vous le premier chapitre de mon roman, que j’ai enfin réussi à rouvrir après six mois de blocage…

Couple, Education, Empathie

Lui parler

Je ne sais pas comment ça s’est installé. Certainement très progressivement, pour que je ne me rende compte de rien à ce point, certainement de façon naturelle, petit à petit.

Je ne sais pas quand ça a commencé. Je n’ai pas le souvenir d’avoir fonctionné autrement, mais c’était certainement le cas au début.

Je ne lui parle pas. Je ne lui dis rien. Je ne lui dis rien de ce que je ressens, ou alors je tourne les phrases dix fois dans ma tête avant de les dire. Je choisis bien mes mots, je choisis bien le moment, et parfois je fais marche arrière parce que je n’ose pas.

Il ne parle pas de ce qu’il ressent, mais moi non plus. Nous cohabitons mais psychologiquement, nous n’avons aucune proximité. Nous faisons l’amour ensemble, nos corps se connaissent bien et s’attirent, mais nos esprits très peu.

C’est drôle parce que j’ai réalisé ça il y a très peu de temps. Je suis devenue, à force d’habitudes, incapable de lui parler.

Depuis quelques semaines seulement, j’essaie. Je commence. Et je me heurte souvent à un mur. Evidemment, quand je lui parle, ce sont des sentiments négatifs. C’est ceux-là que j’ai le plus de mal à dire. Les beaux sentiments, je ne les dis plus non plus, juste parce que je vois bien qu’il n’y a pas d’écho. Quand parfois je m’extasie sur un beau paysage, je reçois en retour, au mieux, un « ouais, c’est pas mal », désintéressé.

Je suis perplexe. Je me demande pourquoi. Je crois avoir en partie les réponses, mais il manque des éléments. Je sais que c’est quelqu’un de fragile qui a besoin de certitudes et de repères, et le moindre reproche est vécu comme une attaque. Une trahison. Il vit très mal la moindre remarque. Il fait la tête pendant des heures ensuite, blessé dans son amour-propre.

Je sais aussi qu’il a du mal à être dans la bienveillance, dans l’empathie, sans jugement. Il juge des faits, il analyse des faits, mais jamais il ne se met réellement à la place de l’autre. Il agit seulement en miroir, et peut comprendre mon état seulement s’il est dans le même. Il comprend par exemple ma fatigue quand on a de longues journées et que les enfants sont énervés le soir.  Mais des sentiments plus complexes, il n’imagine pas. Il ne ressent pas. Il ne partage pas.

Le jour où je me suis faite opérer par exemple, il ne s’est pas une seconde soucié de mon angoisse. Ne m’a pas demandé si j’avais pu dormir, si j’appréhendais, rien. Juste un « ça va ? » classique dit sans y penser au réveil. J’ai dû le lui faire remarquer pour qu’il vienne s’excuser et trouve des phrases creuses pour faire semblant d’avoir un peu de compassion.

Avec les enfants aussi. Il s’occupe très bien d’eux, joue avec eux, les fait rire, mais réagit avec eux comme s’ils avaient son âge, son recul. Dit des choses blessantes en pensant « ça ne fait rien », ou « mais c’est juste pour rire ! ». Leur crie dessus quand ils sont fatigués sans se dire qu’un peu d’empathie et quelques câlins pourraient être bien plus efficaces. Il s’agace, il s’impatiente, ne respecte pas leur besoin d’évasion, de rêve, de découverte.

Ce manque d’empathie me fait peur. Vraiment. Je me demande si je peux le lui apprendre, lui montrer, lui expliquer, ou si c’est peine perdue. Si définitivement on doit cohabiter sans bienveillance. A juger les gestes de l’autre froidement, factuellement. Sans prendre en compte ce que l’autre peut ressentir.

Je commence à lui parler. Lui dire les choses comme je les pense, mais j’ai du mal, parce qu’il ne les reçoit pas toujours bien. Au mieux, je reçois de l’indifférence. Au pire, il se braque et boude une journée entière.

Dans l’éducation qu’il a reçue, entre un père absent qui buvait et criait et parlait à sa femme comme à une bonne, et une maman de six enfants débordée entre les lessives et les repas, il n’y a pas dû y avoir beaucoup de bienveillance, ni aucune empathie. Il a grandi avec ses frères et sœurs, pas malheureux, entouré, il a joué dehors des après-midi entières avec ses frères et ses cousins, mais il n’a pas le modèle d’une éducation bienveillante.

Et quand il a réagi si mal quand il a lu les mails que j’avais partagés avec un autre homme, il a juste été capable de faire éclater sa douleur à lui, sans jamais se poser de question sur les causes, sur ce que j’avais ressenti, moi. C’est depuis ce moment que je réalise à quel point le manque d’empathie peut intoxiquer une relation. A quel point je me sens incomprise, niée presque, dans ce que je suis, du seul fait de cette incapacité à ressentir le mal-être de l’autre. Il comprend les mots, il entend, il analyse, mais reste dans son point de vue, dans sa vérité. Jamais il ne peut mettre de côté sa vérité en essayant d’imaginer une autre façon de voir les événements, une autre façon d’entendre les mots.

Même six mois après, il n’a jamais pu accepter le fait que moi aussi je souffre. Que si j’ai envoyé ces mails, c’est que je me sentais comprise, entendue, écoutée ailleurs parce que lui ne le faisait pas. Lui il pense tromperie, adultère, sexe, rendez-vous cachés, mais il est totalement à côté de la plaque. Je n’avais vraiment aucune intention d’aller coucher ailleurs, juste d’être un peu entendue.

Bref, je recommence à lui parler. Quitte à provoquer des conflits. Et j’en provoque beaucoup. C’est difficile, mais chaque conflit nous fait un peu avancer. Un tout petit peu. Souvent c’est au sujet des enfants, parce que j’ai décidé de ne plus le laisser leur dire des choses blessantes sans lui dire ce que j’en pensais. Je suis leur mère et j’ai le droit, moi aussi, même si ça ne lui plait pas, de montrer mon désaccord lorsque ça me semble important.

Notre aîné n’a pas confiance en lui. Il a peur de l’échec, en permanence. Il n’ose rien. Or depuis qu’il est tout petit son père est derrière lui et lui répète « tu ne sais même pas faire ça ! », ou alors l’empêche de faire des choses sous prétexte qu’il va se faire mal. Sans lui permettre d’essayer. Du coup, il ne veut pas faire de vélo, ni de trottinette, et son manque de confiance est tel qu’il ne veut même pas essayer de lire car il a peur de nous décevoir. Je trouve ça tellement dommage, et quand j’en parle au papa il me rétorque « mais non, c’est pas grave, il s’en souvient plus de toutes façons ! »… et maintenant il dit à son fils « même ton frère qui a trois ans de moins y arrive mieux que toi ! ». Comment cet enfant peut-il se construire avec des phrases pareilles qu’il entend tous les jours ?

Hier, il lui a dit, avec colère et mépris « c’est quand même pas normal qu’à ton âge tu portes encore des couches la nuit ! ». Certes, il a 5 ans et demi et devrait être propre. Il l’est globalement, mais il y a régulièrement des accidents en fin de nuit. Donc il a voulu remettre des couches. Hier soir après que son père lui avait fait cette remarque, à l’oreille je lui ai dit « tu sais, en fait, on s’en fiche, si tu as besoin de couches la nuit ! c’est pas grave… » il a eu un immense sourire. Un sourire qui m’a touchée, qui voulait dire « toi, tu me comprends » et il est allé dire à son père « je te dirai jamais le secret que m’a dit maman ! ».

En fait, en soi, dire des choses blessantes nous arrive à tous. Le truc, c’est que j’aimerais qu’il reconnaisse que ces phrases ont des impacts et qu’il fasse attention. Si ça nous échappe de temps en temps lorsqu’on est en colère, ce n’est pas grave. Mais il faut savoir reconnaître ses erreurs et les dire à ses enfants.

Il y a quelque temps, j’ai mis une petite claque sur la cuisse de N°2 qui jouait avec mes nerfs. J’ai regretté immédiatement, l’ai couvert de baisers en lui disant « je suis désolée, je n’aurais pas dû te taper, je ne le ferai plus ». Ensuite nous avons parlé de cet événement avec le papa. Il m’a dit, sans en démordre après une demi-heure de débat, que lui si ça lui arrivait, ne s’excuserait pas. Je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu « parce qu’il faut bien qu’il comprenne qu’il nous pousse à bout et qu’il y a des conséquences ! ». Penser comme ça, pour moi, c’est oublier qu’on a à faire à des enfants en bas âge, et que dans leur tête, il ne se passe absolument pas « j’ai poussé maman à bout, j’ai pris une fessée parce que je l’ai tellement énervée qu’elle a perdu le contrôle d’elle-même », mais « quand je suis pas sage, je prends une fessée parce que je suis un mauvais petit garçon, je le mérite et maman a le droit de me taper ». C’est inconscient, bien sur, mais ça renforce l’idée que taper est normal. Qu’une correction physique est normale. Et qui va être le premier étonné lorsque dans la cour de récré, il tabassera son pote qui lui a pris son goûter ???

Bref. C’est de la théorie mais maintenant, j’en parle. Avant je n’osais pas, je me disais « c’est pas si grave » parce que j’avais peur de provoquer un gros conflit. J’ai encore un peu peur, mais moins. Je progresse, et je dis les choses. Le plus calmement possible, à des moments où il peut les entendre. Mais je les dis.

Etre maman

Quand maman est malade

Quand on est mère de famille, il faut assurer. Jour après jour, week-end et vacances compris, pas de répit, pas de repos : on est mère à temps plein. Mère le jour, mère la nuit, mère au boulot quand il faut appeler la crèche pour organiser une garde non prévue parce qu’on a un impératif, ou pour répondre à l’école qui nous appelle parce que n°1 a mal à la tête.

Mère le matin, quand on se lève deux heures avant l’heure de partir pour se préparer et préparer les enfants, les sacs de crèche, d’école, les lunettes, le goûter, le sac de musique et le sac de sport, vérifier que chacun part avec quelque chose dans le ventre, que les petits cheveux sont coiffés, les frimousses nettoyées, la couche changée, les vêtements à l’endroit, les chaussures adaptées au temps qu’il fait « non mon chéri, on ne peut pas mettre les sandales aujourd’hui, il fait 12° et il pleut… ».

Mère le soir, quand il faut préparer le diner en faisant patienter des moineaux affamés qui piaillent et se disputent et chouinent pour un rien car ils sont fatigués. Mère le soir quand il faut apaiser, écouter, consoler, mettre en pyjama, aider à se laver les dents, lire des histoires et faire des câlins, chasser les cauchemars par une formule magique et laisser la porte un peu ouverte et la lumière du couloir allumée.

Mère la nuit, quand il faut se lever pour apaiser un cauchemar ou une terreur nocturne, changer les draps suite à un pipi au lit.

Mais parfois, maman est out. Parfois on ne peut plus compter sur elle. Une gastro fulgurante, une grippe ou une hospitalisation, et c’est toute l’organisation de la famille qui est chamboulée. Le papa, en panique, doit tout gérer et prie pour que ça ne dure pas trop longtemps. Il ne sait pas trop quoi faire à manger, décongèle une pizza, met au deux ans et demi les chaussettes trop grandes de son frère mais il assure.

Jusque là, j’avais du mal à accepter de ne plus pouvoir tout gérer. Du mal à assumer de rester allongée tant que je n’étais pas à l’agonie. Heureusement, je ne suis pas souvent malade, donc le problème ne se pose pas trop, parce que personne n’y est préparé.

Quand maman est malade, plus rien ne tourne. Les enfants ne comprennent pas, le papa fait semblant d’être compréhensif mais vient solliciter maman toutes les cinq minutes (« je mets une lessive là, je fais du blanc ou de la couleur ? », »les œufs à la coque, ça cuit combien de temps déjà ? », « t’as pas racheté de jambon ??? », « y a plus de tee-shirt propre en 3 ans je fais comment ? »). Bon j’ai la chance d’avoir un conjoint débrouillard avec les enfants, et qui s’en sort bien, mais il a quand même du mal à admettre que je sois là ET que je ne fasse rien. C’est pas la bonne équation, ça rentre pas, si maman est là, elle GERE.

J’ai mis longtemps à accepter d’être out quelques jours, mais ça y est, je crois que ça rentre. J’ai été opérée hier, une petite opération en rachianesthésie mais à un endroit très douloureux et qui rend la position allongée nécessaire quelques jours. J’ai prévenu : je peux me lever pour aller faire pipi ou prendre une douche, mais impossible de préparer un repas ou de porter un enfant ou changer une couche. ON NE COMPTE PAS SUR MOI !

C’est compliqué, en réalité. Ce matin, quand n°2 hurlait dans son lit et que papa était sous la douche, j’ai dû m’en occuper. Je me lève plus que je ne devrais, je serre les dents quand j’ai mal, du moment que je suis en vie tout va bien.

Oui, sauf que non. Ce n’est pas une bonne chose. Si on doit se reposer, il y a des raisons, médicales, au repos prescrit. Et en voyant hier que je faisais un malaise à la pharmacie, je me suis dit que j’allais vraiment assumer de ne rien faire.

Alors, ce matin, je me suis organisée. J’ai appelé à droite à gauche, le médecin, l’infirmière, mon voisin, une amie, et une association d’aide à domicile. J’ai la chance d’avoir droit grâce à ma mutuelle à 10h d’aide à domicile en cas d’hospitalisation, donc je prends. Avant, je me serais dit « inutile, je peux gérer », et j’aurais géré seule les enfants en attendant que le papa rentre.

Résultat : mon voisin ramène les enfants de l’école, l’aide à domicile sera là de 16h30 à 18h30 pour m’aider, les enfants seront ravis d’avoir « une baby sitter », et moi, je pourrai rester allongée.

On me l’avait dit mais je n’osais pas trop : quand on demande de l’aide autour de soi, on en obtient. Et les autres sont souvent très heureux de pouvoir dépanner ou donner un coup de main. Moi par exemple, ça me fait plaisir de pouvoir aider quelqu’un, et surtout qu’on ose, qu’on pense à me demander. Et ensuite, j’ai un peu moins de mal à demander quelque chose à mon tour. Dans tous les domaines, on peut demander de l’aide. Sans complexe. Sans culpabilité. Parce qu’on est plus forts à plusieurs et que dans nos sociétés individualistes, on finit par s’habituer à l’idée de devoir tout gérer seul jusqu’au seuil de la tolérance, alors qu’il n’y a pas de raison. On a des amis, de la famille, des voisins autour de nous et il faut en profiter. S’entr’aider, ça renforce les liens sociaux, et ça fait du bien au moral.

 

Etre heureux, liberté de penser

Ecouter ce qui résonne – les clés du bonheur

Depuis peu, je prends de la hauteur.

Je n’écoute plus ceux qui sèment le doute dans mes certitudes. Je n’ouvre plus mon cœur à ceux qui sont incapables de voir et d’entendre. Je lis certains médias avec recul et distance. Je me protège.

Je me protège, et dans la même démarche je m’affirme. J’apprends à écouter mon cœur, à reconnaître les signes de nervosité, d’agacement, de peur ou de méfiance que certaines personnes ou certains discours m’occasionnent.

J’apprends à l’écouter, j’apprends aussi à le respecter. A faire de mes émotions des barrières, des signaux, qui ne doivent en aucun cas être niés.

Avant (il y a peu de temps encore), je souhaitais convaincre, débattre, je me laissais emporter, j’étais influençable, j’écoutais tous les avis et toutes les solutions avant d’en faire un tri que je pensais objectif, rationnel, afin de pouvoir décider. J’accordais beaucoup d’importance à ce que disaient et pensaient les autres. J’étais à l’écoute, ouverte à tout débat, à tout entendre, à tout pouvoir analyser sans jugement préalable. Je faisais mon tri ensuite.

A agir de la sorte, je m’égarais. Je me perdais, je me dispersais. Je finissais par ne plus savoir ce que je pensais réellement, à force d’accorder du crédit à toutes les opinions. J’étais assaillie des opinions des autres et je pensais que pour former la mienne, il me fallait trier celles des autres – toutes celles des autres.

Alors, je lisais plein de blogs, je consultais plein de sites, je dévorais les livres sur le bien-être, le développement personnel, avide d’outils, d’astuces, de façons de penser qui me correspondraient.

Aujourd’hui, je me suis refermée. Pas refermée en réalité, canalisée. J’ai cessé de tout lire, de tout entendre, de tout vouloir savoir pour mieux décider. J’ai compris que toutes ces lectures me laissaient un goût amer d’impersonnel. De recettes ou de modes de pensées à adopter, comme une doctrine, comme un dogme que l’on pourrait s’approprier, puis suivre à la lettre.

Je suis sortie de ce besoin de reconnaissance extérieure, de cette envie que mes décisions soient le reflet du genre de décisions du genre de personnes que j’admirais, que je respectais.

Aujourd’hui, je ne suis plus que mon cœur. Je ne demande plus d’avis autour de moi. Je ne cherche plus ni à débattre, ni à obtenir un assentiment quelconque. Je suis ma route, j’écoute les échos du monde dans mon cœur, et à l’aune des émotions que j’observe, je vais dans un sens ou dans un autre.

Aucune doctrine n’est la mienne. Aucune façon de penser n’est supérieure à la mienne. Les émotions sont un guide. Je ressens de l’adrénaline mêlée d’un peu de peur ? Je fonce. Je ressens de l’angoisse négative et un fort sentiment d’insécurité ? Je stoppe tout. Je ressens de l’empathie et de l’amour ? Je fais confiance. Je ressens de l’indifférence ? Je m’éloigne.

Ecouter son cœur est apaisant. Je reste ouverte au monde extérieur, mais je ne prends que ce qui m’est utile, bienveillant, tout ce qui me construit. J’accepte toutes les émotions mais ne lutte plus contre. Je les entends au lieu de les combattre. Elles deviennent mon guide au lieu d’être ma croix.

La conséquence la plus importante, c’est que je ne me laisse plus guider par des dogmes extérieurs, mais par ce que je suis. Je prends des décisions en fonction de ce que je ressens et non en fonction de ce que la société en pense. Je ne prends plus exemple sur personne, à part sur ceux qui (dans des domaines très variés) ont su suivre leur voie en dépit du courant majoritaire. Je n’essaie plus de me définir dans une catégorie, de m’insérer dans un moule prédéterminé, d’être ce que les autres attendent que je sois.

Parfois je déçois, parfois j’épate. Parfois j’agace, parfois je fédère. Et peu importe. Je suis ma route, la seule possible, sans attendre ni admiration, ni jugement, ni assentiment de qui que ce soit.

J’ai appris à refaire émerger mes émotions, mon intuition, et aujourd’hui je travaille à les reconnaître et à toutes les accepter. A les observer sans jugement de valeur. A accepter la peur, la déception, la tristesse, la colère, en pouvant les nommer pour comprendre, les regarder en face pour avancer.

Et j’avance.

 

 

Etre heureux

L’envie

J’ai toujours envié les autres.

Ils font tout mieux que moi, s’organisent mieux, ont plus de temps pour faire ce que je rêve de faire, réussissent mieux, ont une maison plus agréable, un jardin plus arboré, habitent dans une région où il fait plus chaud, s’épanouissent mieux dans leur couple, partent en vacances au bout du monde et mettent des photos de rêve sur Facebook, ont des enfants sages qui font des grasses mat, ont de plus beaux cheveux, des cuisses plus fines, des yeux plus bleus, des fringues plus belles, plus d’amis, une vie sociale plus riche, un boulot mieux payé, …

J’ai du mal à ne pas tout vouloir.

Tout à l’heure, sur Facebook, j’ai vu le salon de jardin d’une de mes amies, entièrement réalisé par ses soins, super joli, dans un petit coin de verdure. Et j’ai été jalouse. Jalouse, parce que je ne peux pas avoir la même chose, car mon jardin n’est pas arboré et même si j’y installais un joli petit salon, le vent et la fraîcheur nous empêcheraient d’en profiter la plupart du temps. Et puis parce que je n’ai pas le temps de faire ça. Et puis parce que je n’ai plus un rond sur mon compte.

Je me plains. Je veux ce que les autres ont, je veux leur vie, je trouve que je n’arrive à rien alors qu’eux réussissent tout.

Pourtant, il suffit de regarder autrement. Ailleurs. Il suffit de se dire qu’on a chacun une vie différente, une maison différente, qu’on habite dans des régions différentes et qu’on utilise notre temps différemment. Mais pas moins bien. Moins bien par rapport à quoi ? Quelle règle, quelle échelle de mesure ?

Moi je suis là au milieu de ma vie que j’essaie tant bien que mal de faire ressembler à ce que je ressens au plus profond de moi, et d’autres pourraient m’envier.

Tout ce que j’ai, je ne le vois même plus. Je pars de ça comme une base et je vois ce que je pourrais avoir de plus. De mieux.

J’ai construit ma vie et j’ai fait mes choix. Des choix que d’autres n’auraient pas faits, pour des raisons qui me regardent et sont intimement liées à ce que je suis, ou à ce que j’ai été. Quoiqu’il en soit, ces choix font partie de moi.

Il faut savoir regarder ce qu’on a construit avec bienveillance. Même si on a la sensation d’avoir tout raté, il y aura toujours quelqu’un, quelque part, même si on l’ignore, qui aimerait être à notre place. Partir de ce qu’on a aujourd’hui, de ce qu’on est et de ceux qui nous entourent, pour construire, jour après jour, un environnement qui nous permette de nous épanouir.

Est-ce que je serais vraiment plus épanouie avec un joli salon de jardin et quelques arbres en plus ? J’habite en bord de mer, et ici les arbres ne poussent pas. Le vent salé, le sable, imposent leur loi et il faut faire avec. Je ne peux pas avoir la mer et la campagne boisée en même temps. Je suis une solitaire qui se ressource dans les moments libres, je ne peux pas me plaindre de ne pas avoir plein d’amis.

Je fais le tri. J’ai besoin depuis peu de m’entourer ce ceux qui m’apportent vraiment quelque chose, avec lesquels je me sens bien, ceux qui me témoignent bienveillance et tolérance. Les autres, je n’ai plus envie, plus besoin de les voir. Donc je vois moins de monde, je sors peu, je rencontre assez peu de monde car je mets du temps à me lier à quelqu’un. C’est comme ça.

Parfois j’envie les gens qui voient du monde tous les week-end, qui enchaînent les apéros et les soirées chez des amis. Nous, non. C’est notre caractère, c’est comme ça. Et puis on habite une région où on est arrivés il y a quatre ans. Où on se fait des amis, petit à petit, mais où on n’a pas nos amis d’enfance, nos familles. Il ne faut pas comparer avec ceux qui sont retournés là où ils ont grandi. Nous avons tout à construire, ici. Toute notre vie sociale. C’est long, et les liens que l’on crée depuis deux ou trois ans sont forcément moins solides que ceux qu’on peut avoir avec nos amis de longue date qui sont loin.

J’envie celles qui prennent le temps de coudre, de bricoler, de décorer ou de faire les magasins. Mais moi je prends du temps pour écrire. C’est ma passion, c’est mon besoin vital, c’est mon loisir à moi. Ce n’est pas moins bien. C’est différent. Je choisis ce que je fais de mon temps et si j’essaie d’être objective je ne m’en sors pas si mal.

J’ai encore du chemin à faire pour pouvoir être seulement heureuse pour les autres, sans envie. Sans comparaison. Ne pas tout ramener à moi.

Assumer mes choix, et arrêter de vouloir vivre dans le sud, et en forêt, et en montagne, et au bord de la mer, et coudre des vêtements, et écrire un roman, et élever des enfants, et avoir un métier, et monter un salon de thé, et lire tout ce qui sort.

Et avoir envie de ce qu’ont les autres.

 

Ecriture

Écrire et être mère

J’ai l’impression d’avoir plusieurs vies, et de toutes les vivre en même temps.

Mais elles sont incompatibles, et je ne le sais pas. Elles sont incompatibles, et j’essaie néanmoins de les superposer, de les vivre toutes. Je ne peux renoncer à aucune d’entre elles.

Parfois, cette multiplicité de desseins, de buts, d’objectifs, m’angoisse et me paralyse. D’autres fois, elle me donne des ailes.

Je ne suis pas faite pour me contenter d’une seule vie. D’une seule passion. D’un seul métier. Mes pensées m’entraînent dans des chemins qui me semblent tout aussi primordiaux les uns que les autres. Je rêve, je pense, je mélange tout, j’obtiens un projet, et ce projet, je dois le réaliser. C’est un but suprême, un objectif presque divin, une réalisation personnelle à côté de laquelle je ne peux pas passer.

Je veux écrire, et je veux en vivre. Je veux que ma voix soit entendue, j’ai trop de choses à dire à ce monde, trop de mots à déverser, trop d’émotions à organiser en histoires, en récits, en quêtes.

Je veux écrire mais j’ai deux enfants et un métier à 80% à une heure de route de chez moi.

Mes projets devraient être présents au quotidien, chaque minute, je ne devrai me consacrer qu’à ça, à la création, profiter de chaque instant créatif, de chaque idée, de chaque envie. Mon carnet, mon crayon et mon ordinateur sont en permanence à portée de main mais les contraintes sont trop nombreuses.

J’y arrive, pourtant, un peu. Un peu, mais bien trop peu ! Les moments dédiés à la création sont trop peu nombreux, trop espacés, trop confinés à des heures où je n’ai plus l’énergie, plus la force. Je ne compte plus les soirs où, installée face à mon ordinateur, à 22h après avoir couché les enfants, fait la vaisselle, rangé et nettoyé la cuisine, préparé les affaires pour le lendemain, mis mon réveil à 6h20, je m’attèle enfin à la création, à l’écriture (ou à la relecture, en ce moment), et où, au bout de douze minutes, mes yeux se ferment malgré moi devant les mots qui se dédoublent, qui se chevauchent et qui finissent par s’emmêler dans un brouillard proche du rêve.

Je n’y arrive pas. Alors j’ai essayé d’écrire un jour sur deux : un jour je me couche tôt, l’autre jour j’écris. Pas mieux.

Je prends mon mal en patience. Je sais que les nuits trop courtes ou hachées par les cauchemars ou les pipis au lit s’estomperont doucement. Je sais que le printemps fera un jour définitivement son arrivée et me redonnera de l’énergie, de la force. Je sais que le temps fera son œuvre et que j’y arriverai.

Mais j’ai cette sensation insupportable de perdre du temps. De rater quelque chose. Rater des moments créatifs lorsque je m’endors sur mon texte. Rater des périodes propices. Peut-être qu’un jour prochain, j’aurai plus d’énergie mais moins d’inspiration.

En attendant, je lutte.

J’ai fini un de mes projets, je vais me mettre en quête d’un éditeur. C’est un témoignage. Un témoignage très personnel sur un sujet précis. Je sais que les lecteurs potentiellement intéressés seront peu nombreux mais il fallait que je le fasse. Ça a du sens pour moi, je devais le faire avant de créer quoi que ce soit d’autre.

Mon roman est en pause depuis des mois. Il porte sur un sujet très sensible, peut-être trop sensible pour moi en ce moment, l’écrire me coûte beaucoup, mais il faut que ça sorte. Lorsque j’aurai accouché de celui-ci, je pourrai écrire des romans qui m’affecteront moins. Qui me pousseront moins dans mes paradoxes, dans mon histoire personnelle. Des romans où je pourrai enfin inventer, créer, imaginer, au lieu de témoigner. J’ai hâte.

Couple, Je me demande

Je me demande…

Je me demande comment ils font, les autres, pour ne pas tout remettre en question, tout le temps. Ont-ils juste trouvé ce qui leur convient ? Sont-ils moins exigeants que moi ? Ou acceptent-ils ce qu’ils ont en pensant que c’est déjà bien…? Je les envie…

Je me demande s’il ressent quelque chose pour moi. Un peu, beaucoup, passionnément ?

Je me demande si je vais finir ma vie avec lui. Ou seule. Ou avec un autre. Ou avec plusieurs autres. Je me demande vraiment. Je me demande tout le temps, en fait.

Je me demande si cette période transitoire a une fin, un jour. Ou si je suis condamnée à errer dans le no man’s land, pas vraiment bien, pas vraiment mal.

Je me demande s’il va y arriver, un jour. A me comprendre. A m’aimer vraiment. A m’aimer totalement. En fait je sais que non. Je sais que son amour sera toujours emprunt de jugement par rapport à sa norme. Je sais que pour lui je suis un peu en-dehors de cette norme et que parfois il l’accepte, parfois non. Je sais que son amour ne sera jamais aussi pur et inconditionnel que l’est le mien.

Je me demande si je vais l’oublier, un jour. Il est là, planqué, dans chacun de mes rêves et dans chacune de mes pensées. Il reste. Il s’incruste. Il fait battre mon cœur et se serrer mon ventre.

Je me demande si quelqu’un espionne ce que j’écris ici. Et j’ai peur.

Je me demande si c’est normal de ne pas pouvoir parler librement à celui qui partage ma vie.

Je me demande combien de temps on va tenir, comme ça, à faire semblant. Semblant que tout va bien. Semblant qu’on s’aime. Semblant de vouloir construire ensemble.

Je me demande si cette peur va me quitter, un jour.

Je me demande si beaucoup de gens vivent avec quelqu’un qui ne peut pas entendre ce qu’ils ont à dire.

Je me demande si celui qui saura tout entendre existe, quelque part, ou si on est irrémédiablement seul avec l’étendue de ses pensées.

Je me demande pourquoi j’ai eu besoin, il y a onze ans, d’étouffer tout ce qu’il y avait d’émotivité, de créativité, de folie, de déraison en moi et pourquoi ça m’a fait du bien d’être aimée par un homme qui avait un besoin vital de normalité.

Je me demande pourquoi je prends toujours les chemins qui enferment, qui encadrent, qui limitent. Envie inconsciente de refouler tout ce qui est trop extrême en moi, ou besoin d’être jour après jour rattachée à la normalité et à la réalité au risque de me perdre dans des sentiers qui ne vont nulle part…

Je me demande combien d’années de ma vie je vais perdre, encore, à cause de cette trouille.

Je me demande si la vie de famille et les enfants sont une raison suffisante pour s’accrocher au confort.

Je me demande comment faire pour vider mon cœur par écrit sans risquer d’être trahie.

Je me demande pourquoi on ne peut pas parler de tout ça avec son conjoint.

Je me demande pourquoi je le ménage, jour après jour. Pourquoi je le protège et essaie de lui apporter la stabilité et la sérénité dont il a besoin alors que personne n’est capable de m’apporter ce dont j’ai besoin, moi.

Je me demande s’il aime autre chose que mon corps, finalement.

Je me demande s’il n’y a pas dans tous les couples des périodes où on s’éloigne et où on finit par se retrouver, autrement.

Je me demande s’il continue à épier mon comportement à son égard et si ce comportement est conforme à son idée de la bonne épouse.

Je me demande où sont la tolérance et l’amour, dans tout ça…

Couple, liberté

L’instinct de vie

Il est toujours là.

Il s’immisce dans chacune de mes décisions, dans presque tous mes gestes du quotidien.

Le doute.

Le grand écart.

Depuis mes premiers choix, je doute. Lorsque j’ai choisi un lycée privé pour être encadrée et motivée alors que j’étais un électron libre allergique aux méthodes scolaires. Lorsque j’ai choisi le droit alors que je rêvais d’être astronaute ou volcanologue (mais avec 2 de moyenne en physique ce n’était pas gagné). Lorsque je me suis mise en couple et que j’ai décidé de faire des enfants. J’avais vingt-quatre ans et je pressentais que ce n’était pas pour moi. J’ai stoppé net le projet bébé, j’ai divorcé. J’ai fui.

J’ai fui et j’aurais peut-être dû suivre mon instinct, à cette période. J’ai vécu seule, avec un amoureux à distance qui me rejoignait certains WE ou certaines semaines. Je faisais mes choix, je vivais comme je l’imaginais, je décidais sur un coup de tête de poser une RTT et de passer un WE à Paris. Je prenais ma voiture et je partais à Lyon.

J’étais libre.

Et puis, j’ai recommencé. Je me suis rapprochée, installée, on a acheté une maison, on a eu un nouveau projet bébé. Le bébé ne venait pas, je m’acharnais. Être comme tout le monde, à tout prix. Rentrer dans le moule, à tout prix.

Et aujourd’hui, je réalise que dans chacun de ces choix, il y a eu en trame de fond, cette rébellion, cette différence, cette envie de dire merde aux normes et de vivre comme je l’entendais. Mais je n’ai pas écouté cette petite voix.

Je suis aujourd’hui au milieu d’une vie classique, comme tout le monde. Un couple, un pavillon avec jardin, deux beaux enfants, un travail dans l’administration. J’ai lutté contre un moment et puis j’ai cédé. Pour faire plaisir. Pour faire comme les autres. Pour ne pas blesser, ne pas détruire, ne pas décevoir. Pour être, une fois encore, celle que je devais être pour mon entourage.

Et aujourd’hui je ressens que ce n’est pas moi. Ce n’est pas ma vie. C’est une vie factice, une vie d’apparence dans laquelle je trouve évidemment des satisfactions et du bonheur, mais c’est une vie qui ne me ressemble pas.

Sauf que maintenant que j’ai tout construit, je ne veux pas détruire. Je n’aurai pas la force, pas le courage.

J’en suis là. Si je pouvais, je ferais comprendre à mon amoureux qui je suis, je l’obligerais à accepter mon autonomie, ma liberté, mon besoin d’évasion. Mon besoin constant, vital, d’évasion. Évasion psychologique, évasion physique.  Il me dit qu’il n’est pas sûr de pouvoir aimer une femme libre. Il ne l’a pas dit comme ça, mais c’est ce qu’il ressent. Il est déçu. Il m’a connue libre pourtant, il m’a aimée libre, rebelle, forte, et aujourd’hui il a peur. Il me voudrait pour lui. Il voudrait me façonner à l’image qu’il se fait de la mère de famille.

Je ne peux pas être cette femme-là et je ne sais pas comment lui dire. C’est d’autant plus difficile que je l’ai été. J’ai remisé en moi, profondément, jour après jour, ma liberté, mon autonomie, ma rébellion. Je suis rentrée dans le rang, presque sans effort, du moins consciemment.

Ces années ont fait des dégâts, en moi. Je ne me reconnais plus. J’ai peur de mes émotions, peur des mots que je pourrais dire qui pourraient le blesser (alors qu’il suffirait d’un peu de courage de ma part et de beaucoup de tolérance de la sienne). J’ai peur qu’il comprenne mal et qu’il juge (parce que c’est ce qu’il a déjà fait). Il juge ce que je suis à la lumière de ce qu’il voudrait que je sois. J’ai peur qu’il ne m’aime plus.

Je reprends doucement contact avec ma liberté de penser, ma liberté de dire, ma liberté d’être. Parfois j’ose. Je me rebelle, je m’exprime, je tempête, et puis, toujours, ensuite, je m’excuse. Comme pour le rassurer. Comme pour lui dire « tu vois je peux être comme ça, mais si tu veux je peux aussi continuer à être celle qui ne te fait pas peur ».

Je suis dans un grand écart permanent entre ce que je suis et ce que je montre. Comment lui expliquer qu’en moi il y a celle qui se tait depuis dix ans ?

Comment lui dire que je fais un effort, jour après jour, pour être celle qui joue à la bonne épouse modèle ? Qu’au fond de moi, je suis plutôt du genre à laisser traîner les tâches ménagères pour bouquiner installée dans mon canapé, du genre à écrire tard le soir au lieu d’aller me coucher et de râler quand bébé se réveille la nuit parce que j’ai pas envie de me lever (en vrai mon bébé n’est plus un bébé mais il se réveille quand même la nuit parfois). Du genre à jouer du piano, pendant une heure, dans ma bulle en laissant les enfants jouer seuls dehors (dans le jardin hein, évidemment, pas dans la rue). Du genre à ouvrir une boite de conserve à l’arrache à 19h30 parce que j’avais autre chose à faire qu’un bon petit plat de légumes bio en rentrant du boulot. Du genre à partir en voiture faire des bornes en faisant sauter la sieste à bébé pour aller voir une copine. Du genre à les emmener au carnaval de Dunkerque toute seule au milieu de la foule parce que ça me fait plaisir. Du genre à laisser les enfants se rouler dans le sable dans les dunes ou jouer à la terre dans le jardin.

Je ne suis pas celle qui fait tout parfaitement. Celle qui fait attention à mettre un gilet au petit dernier, celle qui surveille des jeux un peu trop calmes à l’étage, celle qui tient sa maison nickel et qui cuisine le WE. Je ne suis pas celle qui s’épile parfaitement le maillot et porte de la lingerie en dentelle (ça me gratte) (la lingerie, pas l’épilation) (quoique) (bref).

Je ne serai jamais cette femme parfaite qu’il aimerait que je sois. Je suis même tout son contraire.

Et depuis des années, je fais semblant. Quand on n’avait pas d’enfant, c’était moins pesant, il y avait moins de contraintes. Mais aujourd’hui, je me sens enfermée dans les contraintes organisationnelles et logistiques qu’il m’impose, pour son bien-être. Il a besoin, pour se sentir bien, d’une maison bien tenue, d’un linge frais repassé, de vitres propres, de bon petits repas cuisinés, d’enfants polis dans des vêtements de marque sans une tâche ni un nez qui coule.

Pas moi.

J’ai joué le jeu. J’ai essayé. J’ai failli réussir. Mais je n’ai pas envie. Je dépéris, dans cette vie aseptisée. Dans cette vie lisse et propre.

Même pour lui, je dépéris. Je le vois s’acharner pour laver, ranger, hurler sur les enfants de ne surtout pas toucher à la terre car ils peuvent se salir, et je le vois passer à côté de la vie. J’aimerais le pousser dehors, lui dire de trouver une activité qui lui fait plaisir, d’aller boire un verre avec un pote, de sortir regarder un match de foot, n’importe quoi, mais de vivre. De lâcher prise avec le contrôle des contingences matérielles qui finissent par dicter l’intégralité de notre quotidien.

Je n’en peux plus. J’étouffe. Il m’étouffe. Je voudrais tellement qu’il comprenne…