Ecriture

S’écouter

Il faut que j’arrive à nouveau à m’écouter.

J’avais fait beaucoup de progrès en la matière, je me comprenais mieux, je comprenais mieux mes réactions, mes angoisses, mes émotions et je les acceptais mieux. Mais parfois j’ai l’impression de faire marche arrière.

Il faut que je m’écoute. Au plus profondément de mon moi poétique, esthétique, il faut que je me reconnecte à ce que j’aime et à ce dont j’ai besoin. Écouter ce qui vibre et ce qui résonne, ce qui sonne juste et essayer d’être, au maximum, à ma juste place.

Pas évident dans ce monde. Je ne me sens souvent pas à ma place. Presque tout le temps, en fait.

Et puis, il y a des moments de grâce, où je peux enfin dire « oui, ici, maintenant, comme ça, c’est moi. C’est ma place. « . Des moments où je suis là où je dois être. Par exemple, quand je suis dans le train, ma musique dans les oreilles pour ne pas entendre les conversations, les raclements de gorge, les toux ou les clics des touches des portables. Mon ordi ouvert, j’écris. Je suis habillée confortablement, mais avec des vêtements qui me plaisent, qui me mettent en valeur. Rien qui gratte, rien qui serre, rien qui démange ou qui gêne, et je suis bien.

Écouter quand tout me dicte de me recentrer sur l’essentiel. Le doux confort de la famille, le foyer rassurant et structurant, et l’écriture, cette passion nécessaire autour de laquelle je tourne en me donnant jour après jour de mauvaises raisons. M’organiser pour trouver l’énergie. Souvent je me dis « je n’y arrive pas, je n’ai plus d’énergie. Le boulot, les contraintes domestiques, les trajets, le froid, tout me prend trop d’énergie, je n’en ai plus pour écrire ». C’est un peu vrai, sauf que dans la journée, je la sens, je la vois, l’énergie disponible.

Elle est là. Pour rêver, pour danser et rire, il y a toujours de l’énergie. Le tout est de ne pas la perdre, ne pas la disperser. Repérer quand elle est disponible, et s’en servir. Le soir après le boulot, je n’y arrive plus. Je me cale dans mon fauteuil au coin du feu et l’engourdissement, la détente, viennent vite. Je n’ai plus envie de me remettre au travail. Alors je vais essayer de me lever tôt, très tôt pour bénéficier de cette force et de cette énergie qu’on a au réveil. Vierge de toute angoisse sociale ou professionnelle. Quand l’âme est juste assez éveillée pour continuer à rêver. Quand la nuit a encore son pouvoir bienfaiteur, quand les sens s’éveillent tout juste et se retrouvent en admiration comme au premier jour.

Quand tout dort, quand tout est silencieux et que le café brûlant semble la sensation la plus délicieuse du monde. Juste parce que c’est la première. Quand on a l’impression qu’on pourrait inventer le monde, parce que le regard est neuf. Chaque jour comme le premier. Le réveil comme éveil au monde.

C’est beau, tiens.

Maintenant, il faut le faire. Mettre le réveil, et se lever. Allumer l’ordinateur et ne pas se recoucher.

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Etre heureux

Mieux

Il y a des phases dans la vie, où on a l’impression d’un déséquilibre précaire.

On crée soi-même ce déséquilibre parfois, ou on le constate, mais dans les deux cas c’est très inconfortable.

On ne sait plus qui on est, ce qu’on veut, où on va, avec qui.

Il y a deux ans, j’ai failli démissionner.

Il y a trois mois, j’ai failli quitter mon conjoint.

Finalement, j’ai aménagé mon boulot (changé de poste, demandé une journée de télétravail que je viens juste d’obtenir, préféré le train pour mes déplacements certes trop longs mais bien plus utiles et constructifs maintenant), et j’y suis bien.

Je n’ai pas quitté mon conjoint, mais j’ai mis sur la table tout ce qui ne me plaisait pas. Après des années à avoir tout accepté, je me suis éloignée d’abord, puis dans un gros fracas j’ai dit stop. Stop à tout ce que je ne voulais plus, ne pouvais plus tolérer. Il ne voulait rien entendre, je n’ai plus eu comme solution que de partir.

Et puis, me voyant si près de le quitter, me sentant si distante affectivement, entendant mes mots si forts « je ne suis plus amoureuse de toi », il a fait machine arrière. Il a pleuré. Il est allé voir une psy. Il a dit « je suis désolé » et aussi « comment ai-je pu être aussi con ». Il a entendu mes souffrances, il a fait des efforts.

Petit à petit, il est plus ouvert, plus tolérant, plus souriant, plus détendu. Et puis moi, j’ai arrêté aussi de lui reprocher tout et son contraire.

Depuis septembre 2015, je suis en déséquilibre. Sur le fil. Prête à basculer, n’importe quand.

Et depuis quelques semaines, insidieusement, est revenu l’équilibre. Je me sens à nouveau bien chez moi, et bien au travail. Je n’ai plus cette envie irrépressible de fuir ma vie, de fuir mon quotidien. Dans mon couple, il y a encore des choses à régler. Tout n’est pas encore rose ni facile, on reconstruit pierre après pierre des bases plus solides, plus saines surtout. On se parle. On communique. On a compris que ne rien dire nous fait courir à la catastrophe. J’ai lu récemment cette phrase : « en amour, tout vaut mieux que le silence ». Et je suis bien d’accord. Même si on crie, même si on se déchire, même si on souffre, il faut toujours dire ce qu’on a sur le cœur. Et si l’autre ne le comprend pas, tant pis. On aura dit. Ce sera sorti. Les mots auront été formulés. Ils auront été entendus, ils vont faire leur chemin. C’est primordial. Je ne me rendais pas compte, avant cet été, à quel point le silence que je pensais constructif, pour éviter conflits et vexations, nous éloignait l’un de l’autre progressivement. Jusqu’à un point de non retour auquel on est presque arrivés.

Je n’ai plus envie de déménager. Je n’ai plus envie de démissionner (du moins, pas tout de suite). J’ai réussi à aménager ma vie pour qu’elle me convienne, au lieu de tout rayer, de tout envoyer promener. J’en suis fière.

Je suis consciente que ce combat est une lutte de tous les instants. Ne pas retomber dans la facilité, dans l’acceptation de ce qui ne me convient pas, dans l’abandon de mes valeurs, de mes envies, de mes passions.

Au boulot, ce n’est pas la passion mais ce n’est pas non plus désagréable et je suis bien payée. Je ne renonce pas pour autant à mes projets d’écriture ou de création d’une activité de service (dont je vous parlerai peut-être quand j’en saurai plus), mais en attendant, ce que je fais est un bon compromis entre intérêt, salaire intéressant et peu de stress du fait d’excellentes conditions de travail (les discussions avec mes collègues ont porté leurs fruits, tout le monde se sent beaucoup plus à sa place maintenant).

Donc d’une situation de déséquilibre et de mal-être profond j’arrive en aménageant chaque pan de ma vie à ma façon, à un nouvel équilibre, sans casse, sans rupture ni démission.

C’est un peu tôt pour tirer un bilan entièrement positif, j’attends encore les prochains mois pour voir si l’équilibre persiste et si mes projets se concrétisent doucement, si mon couple continue dans sa pente ascendante, mais en tout cas, c’est bien parti.

Parfois je me dis que, de l’extérieur, on me croit souvent un peu folle, impulsive, mais qu’en réalité mon cerveau est assez bien conditionné pour le bonheur. Quand ça ne va plus, il remet tout à plat, et m’envoie tous les signaux pour que je réagisse.

Ou alors, j’ai juste su décoder les signaux, j’ai eu la force d’y faire face. Période qui restera gravée dans ma mémoire comme passablement compliquée et difficile mais, si je m’en sors comme ça, l’issue sera vraiment positive.

Comme si j’avais en quelque sorte rechoisi ma vie, mais en l’aménageant…

Prochaine étape : l’aménagement de ma maison et de mon jardin. J’ai un peu commencé dans mon salon, j’ai des idées, ça se fera progressivement…

Angoisse

Les émotions paralysantes

Hier, au boulot, j’ai eu une journée de dingue et j’ai aimé ça. Je me suis sentie compétente, utile, je ne me suis pas ennuyée une seconde, je savais ce que j’avais à faire, comment le faire et c’était bon.

Jeudi j’ai passé une journée difficile. Engluée dans mes problèmes relationnels avec ma collègue, qui est très sympa et avec laquelle je m’entends très bien, mais qui était seule sur le poste avant que j’arrive et qui a du mal à retrouver sa place depuis son retour de congé mat. Elle me reproche de lui prendre son travail, de lui voler la vedette par moments, de récupérer (pas par ma faute, elle le sait, mais elle le vit mal) des dossiers qu’elle aurait aimé traiter… On a parlé, j’ai pleuré, (enfin, dans l’autre sens), alors que j’étais fragilisée par le comportement de notre cheffe qui nous étouffe.

On a parlé entre nous deux, et on a parlé à notre cheffe. La journée a été éprouvante, j’ai du mal à gérer mes rapports avec les autres, surtout quand il y a un enjeu. J’ai été si mal toute la journée. Elle, un peu en colère, puis mieux. Elle n’a pas du tout été dans le même état que moi, je me rends compte que je n’arrive pas à gérer ce genre de choses. Je règle les problèmes quand même (la conversation avec notre cheffe, à trois, a été très productive et constructive), mais j’y laisse toute mon énergie. Je suis rentrée lessivée, vidée, à cran, tremblante et les larmes au bord des yeux. Pourtant, rien de bien grave. Rien de définitif surtout, puisque le lendemain, tout allait bien. On a identifié un malaise, on en a parlé, et ça va mieux. C’est donc une très bonne solution, et pourtant, dans quel état je me suis mise jeudi…

Je l’apprécie beaucoup et je n’aime pas qu’elle puisse penser que je veux lui voler sa place. Ce n’est tellement pas moi. Ce n’est tellement pas mon intention. Pour autant, je ne peux pas sans cesse m’effacer pour lui laisser la primeur, les honneurs, les dossiers les plus intéressants. Parfois c’est elle, parfois c’est moi. C’est comme ça. Il faudra bien qu’elle trouve sa nouvelle place. Mais j’ai du mal à penser comme ça. J’ai envie de la préserver, j’ai parfois le réflexe, pour lui faire plaisir, de lui laisser les dossiers qu’elle aime, de la laisser aller seule à une réunion. Et au final, c’est toujours moi qui trinque. J’ai toujours été comme ça, en tout cas avec ceux qui comptent. Leur bien-être m’est indispensable et m’apporte aussi du bien-être (c’est l’empathie poussée à l’extrême…), donc je fais tout pour qu’ils soient bien. C’est pareil que dans mon couple. Il serait peut-être temps que j’apprenne à ME préserver, aussi.

Que j’arrive à régler des conflits ou des tensions sans me sentir totalement en danger, totalement en stress. J’ai été, toute la journée, dans un état émotionnel extrême, mon corps tendu, incapable de me détendre, incapable de penser à autre chose, de souffler, de me reposer trente seconde. Seulement du stress, chaque minute, toute la journée. Même la séance de yoga du midi n’a pas eu d’effet durable, à 14h j’étais à nouveau dans le stress.

Ca faisait longtemps que je ne m’étais pas mise dans cet état. Ca m’a perturbée. J’avais pris du recul sur ce genre de situations. J’avais appris à m’affirmer un peu, à me blinder un peu, à retrouver mon calme en toute circonstances. Là, je n’ai pas pu. Le soir, j’ai été dîner avec une copine, c’était sympa, dans un resto convivial, une petite table à l’écart, on était bien installées, et pourtant le stress n’est pas retombé. Mon corps m’envoyait des signaux bizarres, j’ai eu des sensations de malaise dans la soirée, puis dans la nuit. Des rêves agités, des sensations désagréables d’étouffement. Heureusement, ça n’a pas duré, le lendemain je me sentais très bien. Ce n’est rien du tout mais ça m’étonne. Comme un retour en arrière, à l’époque où je ne gérais pas du tout mes émotions.

Très bizarre. Désagréable. Je me sens une handicapée de la vie sociale, dans ces cas-là. Je n’aurais souhaité qu’une seule chose : me replier, seule, dans un plaid près du feu…

L’autiste asociale, le retour…

 

Projet, reconversion

Bouillonnement

Au boulot en ce moment, c’est calme. Très calme, trop calme, et je m’ennuie. Et quand je m’ennuie, je pense, et quand je pense, j’ai plein d’idées, et quand j’ai plein d’idées, je fais des projets.

Ces journées interminables, à envoyer quelques mails sans intérêt, à remplir quelques tableaux qui ne servent à rien, à lire quelques documents devant lesquels je manque m’endormir, me sont de plus en plus insupportables. Le rapport avec mes collègues, ma hiérarchie, aussi, me sont devenus insupportables.

J’ai cette conscience assez aigüe et plutôt pénible, que je n’apporte rien à l’administration dans laquelle je travaille. Pourtant, c’est faux, je le sais. Je sais que j’apporte certaines de mes compétences, certains de mes talents, mais je dois sans arrêt canaliser mon cerveau, l’empêcher de partir dans la création et la réflexion car ce n’est pas ce qu’on me demande.

Et cet encadrement permanent de mes pensées est épuisant. Ces journées, pourtant calmes, assise devant un ordinateur, m’épuisent car l’ennui prend de plus en plus de place.

Alors, je recommence à me demander ce que je pourrais faire d’autre. Evidemment, j’ai plein de pistes. Pour l’instant, tout me paraît plus rose que ce que je fais aujourd’hui, je ne m’emballe pas pour autant, je sais que je suis dans une phase de bouillonnement où toutes les idées me viennent en vrac, sans hiérarchie, c’est brouillon, inorganisé, chaotique, et ce n’est pas grave. Maintenant que je connais le processus pour avoir, trier puis concrétiser des idées, je n’ai plus qu’à le suivre, sans m’embarquer tête la première dans la moindre idée qui me fait kiffer.

Il faut que je passe mes idées au crible de la réalité, il faut que j’imagine, que j’écrive, que je développe chacune d’elle et que je ne garde que celles qui me font le plus vibrer.

J’aimerais trouver quelque chose qui puisse ne pas trop insécuriser Monsieur. Qui puisse être lancé, commencé, sans chambouler toute notre vie d’un seul coup, avant de savoir si ça peut marcher. Moi j’aime le risque, j’aime l’aventure et j’ai cette étrange mais délicieuse sensation d’omnipotence, de me sentir à l’aise dans beaucoup de domaines et d’avoir la certitude que je peux y arriver. Qu’il suffit de lire, de se renseigner, de faire un stage, d’apprendre pour savoir faire. Et je n’ai aucun doute sur mes capacités à apprendre et à en tirer le meilleur parti pour pouvoir créer autrement.

Mais je ne suis pas seule. Peu importe ce qu’on peut penser de ceux qui ne tentent pas, qui ont peur, qui préfèrent leur routine, je veux sortir de ce jugement, je ne peux qu’accepter, mais je dois faire avec. Il est là, il est rassurant, il rapportera le salaire tous les mois qui nous fera vivre si mes projets échouent, alors je dois aussi prendre ses angoisses en compte.

Moi je fonctionne dans l’ouverture. Plus il y a de possibilités, plus le champ s’ouvre, et mieux je me sens. Lui, il a besoin d’organiser et de décider. De restreindre les possibilités, de prendre une décision et de s’y tenir. Ma façon de fonctionner n’est pas meilleure que la sienne. Elle est juste différente. Si je reste avec lui, je dois faire avec.

J’ai décidé de ne plus me restreindre. Jusque là j’essayais de me forcer à me concentrer sur un aspect, une tâche, un projet, pour voir comment les choses pouvaient se passer. Mais en réalité, je n’ai jamais fonctionné comme ça. J’ai toujours tout fait en même temps, entrepris mille choses en même temps. Alors peu importe si je ne sais pas où me mènera ma relation, peu importe si je n’ai toujours pas fini mon roman (mais grâce à cette formidable énergie créatrice, j’ai pu m’y remettre récemment, enfin…), peu importe si je me disperse, c’est comme ça que je fonctionne. Comme ça que quelque chose de bien émerge, car mon cerveau a besoin d’être stimulé sur plusieurs choses pour fonctionner à plein régime et donner le meilleur de lui-même.

Je ne sais pas par où je vais commencer, je ne sais pas si je vais y arriver.

Je sais une seule chose : pierre après pierre, je vais initier, poser des jalons, avancer, pas après pas, et seulement après, je pourrai savoir où ce chemin me mène.

Couple

Trêve

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé des nouvelles… c’est gentil ! Ca me touche vraiment…

Ca va mieux.

Je vais mieux, nous allons mieux. Tout n’est pas réglé, loin de là. Je me demande toujours ce que je vais faire, mais dans ma tête c’est à plus long terme, il n’y a plus d’urgence. Peut-être lors d’une prochaine crise, on verra.

On s’est remis ensemble, et ça se passe plutôt bien. Ce n’est pas l’extase ni le renouveau complet de nos sentiments, je ne sais toujours pas trop ce que je ressens, comment faire la part des choses entre tendresse, amitié, complicité, habitude et amour. Je ne me sens pas folle amoureuse, mais voilà, on est ensemble et ça se passe plutôt bien.

J’ai changé d’attitude. Je fais ce que j’aurais toujours dû faire, je m’impose. J’impose mes envies, ma façon de faire, mes humeurs. Ca le déstabilise un peu car je ne l’ai pas suffisamment fait jusque là, mais il s’adapte. Et ça me fait du bien. Donc je me sens mieux, donc notre couple va mieux.

J’ai organisé mes vacances de la Toussaint sans lui. Je vais chez deux amies avec mes garçons, et j’en suis vraiment ravie. Je me suis portée volontaire pour assurer la signalisation d’un trail pendant une matinée début octobre, je me suis inscrite au cross de mon administration vendredi dernier, je fais mes choix, toujours dans le respect de son consentement évidemment, mais sans lui laisser croire qu’il peut me dire ce que j’ai à faire. Cela signifie m’assurer que je ne lui laisse pas les enfants alors qu’il avait prévu quelque chose par exemple (mais ça, ça va il ne prévoit rien !) ou lorsqu’il a eu une journée épuisante au boulot (ça arrive rarement aussi !), bref je m’assure que ça ne le mettra pas dans l’embarras et je lui demande si ça ne le dérange pas, mais ça reste de la forme pure : à part une bonne raison, il n’a pas intérêt à refuser ! Il ne peut pas refuser avec comme seule raison « oui mais non mais qu’est-ce que je vais leur faire à manger ? ».

Il va seul chez ses parents désormais, il emmène les enfants. Il avait toujours refusé de le faire. Et ça se passe bien. Il s’est habitué. Il me demande si je veux venir, il essaie de me convaincre, mais si je ne veux pas il accepte. Sans bouder. Il y a vraiment du mieux, c’était impensable avant.

Il a parlé à sa famille. Il a raconté, il s’est livré. Et c’est bien, car je trouvais qu’il avait besoin d’en parler et jusque là il n’osait pas. Il avait honte de parler de ses problèmes, je ne sais pas, mais il ne le faisait pas. Evidemment ils sont allés dans son sens, entre le fait qu’ils sont sa famille et l’éducation identiques qu’ils ont reçue, ça ne pouvait être autrement. Pas un/une seul(e) n’a été choqué qu’il fouille, qu’il surveille, qu’il soupçonne. Pas une seule minute quelqu’un lui a expliqué qu’il y a des limites à respecter même quand on n’accepte pas le comportement de l’autre. Qu’on ne peut rien imposer. Qu’il aurait fallu qu’il dise, qu’il explique sans violer mon intimité. Bref, c’était prévisible, mais je n’ose plus y aller maintenant.

Et on devrait fêter Noël chez eux.

Et je ne sais pas ce que je vais faire. Pas envie d’être loin de mes garçons ces jours-là, pas envie non plus de devoir leur expliquer pourquoi je ne suis pas avec eux à Noël, mais pas envie d’être à table avec tout le monde et leur regard empli de jugement… Pas envie de faire semblant, pas envie de partager leurs conversations, mais la seule alternative c’est être seule chez moi. Seule, en soi, je m’en fiche, mais ne pas voir les yeux de mes enfants devant le sapin, c’est plus difficile.

J’ai tellement peu de choses en commun avec eux. Tellement peu de choses à partager. Je n’ai aucun intérêt à passer un repas de cinq heures assise avec eux. Partager leur fête, leurs mets, leurs traditions. Envie de ne pas m’en mêler, de fuir, de rester seule… Ou alors faire de la présence et m’occuper des enfants au lieu de participer aux discussions à table… je ne sais vraiment pas quoi faire.

Il m’a dit « c’est mon choix, ils doivent l’accepter. Si ça va mieux entre nous et que tu reviens, ils n’auront rien à dire ». Et il a raison, bien sûr, pour une fois. Lui qui aime tellement se fondre dans un moule, qu’il me dise ça prouve qu’il a déjà progressé, qu’il fait passer notre couple avant ce que pensent les membres de sa famille, c’est déjà un grand pas en avant, ça vaut peut-être le coup que je fasse un pas de mon côté. Et tant pis pour les regards ou les sourires hypocrites. Je serai là pour mes enfants.

Plusieurs fois, j’ai noté un réel progrès dans sa façon de penser le couple, la vie. Dans sa façon d’être avec moi. J’ai l’impression qu’il a enfin commencé à comprendre que laisser respirer l’autre était indispensable pour le bien-être de chacun.

Il ne comprend pas toujours quand je lui dis qu’il m’étouffe. Il ne se voit pas agir, il ne se rend pas compte, qu’il me colle en permanence, qu’il attend de moi des gestes de tendresse en permanence pour le rassurer, pour le cajoler. J’ai l’impression qu’il a des besoins d’un tout petit enfant. Des besoins primaires de soin, de caresses, de câlins. Evidemment il nie, mais j’en suis sûre. Sauf que je ne suis pas sa mère, et que si je peux faire en sorte d’être le plus tendre possible, je ne peux réparer seule les blessures de son enfance.

Il voit une psy.

Il l’a vue une seule fois, il doit y retourner. Mais j’ai peur qu’il n’aborde pas les sujets de fond, trop peu conscient de l’importance de régler certaines choses.

Je suis donc en attente. Je laisse passer le temps et j’observe si les sentiments reviennent, et s’il est possible de rééquilibrer tout ce qui s’était cassé la gueule, de panser toutes les blessures et d’avancer, encore, ensemble.

J’essaie d’être le plus transparente possible avec lui. Il sait que je suis dans cet état d’esprit et l’est lui aussi. Il sait que je ne peux rien promettre, que je vis au jour le jour, que je ne suis toujours pas très au clair avec mes sentiments et qu’il va falloir encore beaucoup de patience et d’énergie pour rebâtir des bases plus saines.

Mais avant de nous lancer dans les travaux de grande ampleur, j’ai besoin d’être sûre que ça vaut le coup. Besoin de comprendre si je me contente d’une cohabitation agréable ou si je cherche le grand amour.

Ma psy m’a fait comprendre qu’il était fort probable qu’un jour, je rencontre quelqu’un qui fera tout basculer. En fait c’est moi qui l’ai dit, mais j’ai utilisé des mots qu’elle a soulignés, répétés, pour me faire comprendre que j’étais dans un état d’esprit d’attente.

Je vis au jour le jour. Je ne fais pas de plan. Parfois avec Monsieur on fait des projets pour des vacances, dans quelques mois ou dans un an, et avec le sourire je ponctue toujours d’un « si on est toujours ensemble », il sourit et dit « oui si on est toujours ensemble ». Façon de se rappeler que rien n’est gagné.

Etre heureux, liberté

Le temps perdu

Lâcher prise.

Arrêter de penser pour observer, écouter.

Arrêter d’écrire des lignes et des lignes sur mes états d’âme et mes questions existentielles.

Arrêter de vouloir une décision rationnelle dictée par la logique et l’objectivité.

Prendre enfin en compte ce que JE suis et ce que JE ressens, écouter mes émotions et les laisser prendre les décisions qui s’imposeront.

Pour cela, apprendre à leur laisser une place. Une vraie place. Les nommer, les voir, les écouter, les laisser exister sans les combattre, sans vouloir toujours rationaliser, objectiver.

J’envie les personnes sans attaches. Celles qui ont compris depuis toujours que leur liberté n’avait pas de prix, qu’elles ne pourraient s’épanouir que sans engagement, sans contrainte ni affectives ni géographiques.

Hier, je regardais un reportage sur La Réunion et j’ai eu envie de m’installer là-bas. De tout quitter et de vivre de débrouille, dans la nature. J’ai vu les gendarmes de haute montagne et j’ai eu envie d’être gendarme de haute montagne. J’ai vu des gens passionnés, libres, et j’ai eu envie de leur ressembler.

J’ai dit à Monsieur « tu vois, eux toute la journée ils arpentent la montagne pour aider les autres. Et moi je fais quoi ? Je suis assise sur un canapé à regarder la vie des autres. C’est pitoyable ». Il m’a répondu « pourquoi tu dénigres la vie de la majorité de la population ? ». Je ne dénigre pas, mais moi, ça ne me plaît pas.

Cette nuit, j’ai rêvé que je quittais mon boulot. Sans rien derrière, sans filet, seule, et ça ne m’angoissait pas. Dans ce rêve, je réalisais soudain que je partais de mon poste mais que rien ne m’attendait ensuite. Et j’ai eu un sentiment libérateur de bien-être ! Et je me suis dit, toujours dans mon rêve, que j’avais un peu d’argent de côté et que j’allais prendre une année sabbatique. Ou que j’allais monter ma petite affaire de consultante. Je mettais l’argent au second plan, comme si ce n’était pas une donnée du problème. Et ça m’a plu.

Et j’ai envie de faire ça. De réfléchir à un autre métier (j’y ai déjà pas mal réfléchi), de tenter, de me dire « on verra bien » et « l’argent n’est pas une barrière ». Certes, mais il faut faire vivre mes enfants quand même.

C’est la crise de la quarantaine approchante, peut-être. Envie de tout plaquer et de me consacrer seulement aux choses qui ont de la valeur.

Comme consciente de tout ce temps perdu, comme observatrice du grand sablier du temps qui laisse les minutes, les jours, les mois, les années s’écouler sans jamais agir. En ne faisant que rêver. Et je me dis que si je meurs demain d’un cancer fulgurant, je m’en voudrais de n’avoir réalisé que les rêves les plus accessibles (vivre au bord de la mer, faire des enfants), et d’avoir laissé les autres en friche. De ne pas m’être occupée de ce qui fait vraiment battre mon cœur.

J’ai envie de ne plus perdre une seconde. Et je passe des journées entières, assise devant un ordinateur, à faire des choses qui sont utiles certes, qui ne sont pas inintéressantes certes, pour lesquelles je suis payée correctement certes, mais qui ne me font pas rêver. Qui ne font pas battre mon cœur. Qui n’ont pas de sens.

Heureusement, au milieu de ces longues heures perdues, il y a ces câlins faits à mes garçons, ces petites phrases qui valent de l’or et qui restent gravées dans ma mémoire, cette sensation d’être là avec eux, là pour eux, et puis ce manuscrit que je suis sur le point d’envoyer aux éditeurs.

Pas mon roman non. Malheureusement celui-là n’avance pas, la faute à mes problèmes de couple qui rendent l’écriture trop difficile. Non, un témoignage sur la PMA, le récit de deux ans et demi de ma vie. Comment vit-on ce parcours, quelles en sont les implications sur le couple, sur la vie professionnelle, sur notre rapport à la féminité, à la parentalité, à la pression sociale.

Je n’en attends pas de miracle, mais je devais le faire. Je voulais le faire depuis longtemps, j’espère qu’il sera accepté par un éditeur…

Angoisse, liberté

Prison

C’était une prison.

Une prison à l’intérieur de laquelle elle se trouvait. Mais elle n’avait aucun souvenir d’y être entrée, aucun souvenir d’avoir vu des barreaux, avant. Elle vivait comme ça et ça lui semblait normal. Elle ne voyait pas autour d’elle, ces femmes qui ne pensaient pas comme elle, qui n’avaient pas de barreaux, autour de leur vie, autour de leurs pensées, autour de leurs conversations.

Elle avait l’impression de penser comme tout le monde, de vivre comme tout le monde, ni mieux, ni moins bien.

Elle se sentait bien un peu à l’étroit. Un peu étriquée, comme amputée d’une partie d’elle-même mais elle ne comprenait pas d’où venait cette sensation.

Elle sentait bien qu’elle avait besoin de liberté. De s’envoler. De sortir d’une cage qu’elle ne voyait pas.

Elle s’était imaginée qu’elle avait besoin, un besoin irrépressible et vital, de plus de liberté. Elle se disait que peut-être, son caractère et son impulsivité étaient la cause de ce besoin, sans doute plus important que pour les autres femmes qui avaient l’air bien dans leur couple, bien dans leur vie de famille.

Jamais elle n’avait envisagé que peut-être, si elle avait tant besoin de liberté, au point de penser vivre seule tout le reste de sa vie, c’était qu’il y avait un problème.

Un jour du mois d’août, elle a vu les barreaux.

Elle a ouvert les yeux, et ça lui a semblé évident. Violent, effrayant, difficile à croire mais évident : elle vivait dans une prison. Une prison affective, psychologique, dont les barreaux avaient été édifiés progressivement, jour après jour, sans que jamais elle ne se rebelle, sans que jamais elle ne réalise l’enfermement progressif.

Il refusait d’entendre ce qu’elle ressentait. Il la surveillait. Surveillait ses gestes, son degré de tendresse, son implication dans le couple, jour après jour, qui devait être sans faille. Il percevait la moindre fausse note, la moindre baisse de moral, et ne disait rien. Il attendait et interprétait tout ce qu’elle disait, tout ce qu’elle faisait, tout ce qu’elle ne faisait plus.
Il lisait ses mails, ses échanges intimes avec ses meilleures amies. Il lisait son blog, non pour la comprendre mais pour la juger.
Il lui faisait comprendre de rentrer tôt du travail, sans aucun détour possible à moins que ce ne fut pour la maison ou pour les enfants. Quand elle rentrait plus tard à cause d’une urgence au travail, il se demandait si elle n’avait pas une double vie.
Quand elle lui faisait part, parfois, de son sentiment d’étouffer, de son besoin de liberté, il lui répondait « mais ma pauvre, tu crois quoi ? Tu fais des enfants, tu assumes ! bien sûr qu’on en bave, tout le monde en bave, c’est normal ! » et faisait ainsi taire en elle le besoin qu’elle aurait pu croire légitime, de prendre du temps pour elle, de prendre des décisions pour elle, de vivre avec légèreté et spontanéité.

Elle avait fini par croire qu’il avait raison, et qu’elle avait tort. Qu’elle était dans l’erreur, et que bien sûr, les contraintes de la vie de famille passaient avant tout.

Elle ne voyait pas les autres couples, les autres familles, rire, sortir, danser, faire des activités, avoir des loisirs en-dehors de la maison, boire un verre, laisser jouer les enfants tard le soir en riant dehors sur une terrasse avec leurs amis.

Elle ne voyait plus rien. Elle ne pensait plus rien. Elle était devenue un automate, une mère de famille sans joie ni légèreté, car il l’avait décidé ainsi.

Il était en train de tuer en elle, progressivement, tout ce qu’il y avait de beau, de léger, de spontané, tout son instinct de vie, sa joie, ses passions, ses envies.

Il était en train de faire d’elle, sans en avoir conscience, sa chose, sa propriété, qui devait se conformer aux contraintes qu’il pensait incompressibles.

Mais l’instinct de vie a été plus fort. Elle se débat. Elle essaie de sortir de la cage. Elle essaie de scier les barreaux. Il en reste encore, elle a ouvert une brèche mais elle n’arrive pas encore à passer.

Elle essaie encore de le convaincre de l’aider à détruire avec elle ces barreaux qu’ils n’ont voulu ni l’un ni l’autre.

Couple, Séparation

Difficulté

Je suis en sécurité, dans ma chambre. J’ai investi le bureau, cette pièce, la dernière non refaite, où s’entassent bibliothèque, clic-clac, bureau, armoire, chaussures. Cette pièce plein sud avec un velux. Cette pièce entre les deux chambres des enfants. Cette pièce où j’entends chaque réveil de mon plus petit qui a un sommeil agité en ce moment.

J’y suis bien. C’est chez moi. Dans quelques jours, quand ma maman partira, je m’installerai dans la chambre d’amis toute neuve avec un lit deux places et une salle de bains. J’y serai bien aussi.

Je m’imagine, dans quelques semaines ou quelques mois, dans mon nouveau chez-moi, avec quelques meubles, juste l’essentiel. Et mes livres. Mon ordinateur, des jouets et les lits des enfants, une table, trois chaises (quatre parce que c’est plus joli). Dans l’idéal, une petite cour ou un petit jardin où ils pourraient aller prendre l’air ou jouer à la terre ou aux cailloux.

Je m’imagine cette vie assez facilement, et ça me plaît. Je passe des coups de téléphone pour chercher un appartement ou une maison, et ça me plaît.

Et pourtant.

Certains matins, je me réveille et je ne sais plus.

Je le vois, je lui parle, comme avant. Il n’y a plus d’animosité, plus de colère, juste encore parfois la tristesse. Il croit que je vais rester. J’ai accepté la cohabitation pour gagner un peu de temps pour me faire à l’idée de partir, et aussi parce que je n’ai pas le choix. Pas de logement, pas de famille. Mais on parle. On s’explique. Et il pense que tout va s’arranger. Et même si je dis que ce n’est pas si simple et que pour l’instant nos discussions, aussi constructives soient-elles, ne règlent rien, ne changent pas ma décision, il pense que ce n’est qu’une question de temps.

Il est comme d’habitude. Comme avant. Fait les mêmes choses, dans les mêmes pièces, aux mêmes horaires. Attend de moi les mêmes choses.

Et il est gentil. Il m’écoute. Il acquiesce. Il comprend. Il chemine et il est maintenant capable de me dire que j’ai raison. D’accepter l’idée d’avoir commis des erreurs, d’avoir eu des comportements exagérés, inadaptés.

Alors, je me demande si c’est possible.

Qu’il comprenne vraiment et qu’il m’apporte un jour ce dont j’ai besoin (écoute, amour, liberté, tolérance). Qu’on arrive à recréer un climat de confiance et de bienveillance.

Il le souhaite tellement, il est prêt à tous les efforts, toutes les démarches, et moi je pense « non » dans ma tête, je pense « c’est trop tard » et « je ne vais pas y arriver », mais en réalité je doute. Et pourquoi pas ?

Je me souviens de ces sensations d’angoisse extrême et de peur à ses côtés les derniers jours. Je me souviens de ces deux nuits où j’ai dû à nouveau partager son lit parce que tous les autres lits de la maison étaient pris. Je me souviens de cette impossibilité de me détendre, du message d’angoisse généré par mon cerveau qui m’interdisait de m’endormir. Je me souviens de cette nuit sur le canapé, où j’ai enfin pu respirer, jusqu’à ce qu’il se poste, comme ça, à 6h45, dans l’obscurité, debout devant moi, et que je ne devine de sa posture que de la colère et de l’incompréhension, que j’aie osé quitter son lit.

Je ne sais pas si on peut passer au-delà de ça. Si un jour je pourrais encore m’allonger à côté de lui en toute confiance et m’abandonner dans ses bras. Pour l’instant, c’est impossible. Je ne sais pas si ça peut être possible. Je ne sais pas si on peut revenir sur des ressentis aussi violents, aussi négatifs.

Quand je ferme la porte de ma chambre, je me sens bien. Il ne peut pas venir. C’est mon intimité. Je peux souffler. Je peux être moi et je n’ai pas de compte à rendre.

Mais quand j’imagine le jour du départ, le tri avant le déménagement, sous son regard courroucé empli de désespoir, je vois les enfants au milieu, j’imagine les déchirures, les difficultés, la colère. Je mesure l’ampleur de la tâche pour ranger, trier et préparer la maison à la vente, mêlées aux rancœurs et aux reproches.

Et ça me semble tellement difficile.

Couple, Séparation

Je voudrais…

Je voudrais tant qu’il comprenne.

Je voudrais qu’il ne souffre pas.

Je voudrais qu’il me dise « je comprends, je ne t’en veux pas ».

Je voudrais qu’il ne soit pas en colère, qu’il ne me déteste pas, qu’il puisse voir ce qu’on a vécu de beau au lieu de voir ce que nous avons détruit.

Je voudrais qu’il comprenne que nous sommes deux à porter la responsabilité de ce qui nous arrive, et que ce n’est pas parce que je prends la décision que je suis l’unique responsable de sa tristesse.

Je voudrais qu’il comprenne que ce n’est pas parce que je sais ne pas pouvoir être heureuse avec lui, que je n’ai plus de sentiments.

Je voudrais que les enfants ne souffrent pas.

Je voudrais qu’ils ne voient que la joie, que le bonheur, que la continuité de la vie, que l’aventure, que ma liberté.

Je voudrais que les gens ne jugent pas. Qu’ils m’épargnent leurs réflexions du genre « mais ils sont encore petits… tu as pensé à eux ? ».

Je voudrais qu’on ne se déchire pas. Qu’il ne dise pas du mal de moi aux enfants, plus tard. Que sa famille ne dise pas du mal de moi, devant eux. Qu’ils sachent épargner les enfants malgré leur besoin de me tenir responsable de la situation.

Je voudrais trouver une petite maison agréable où je trouverais la place pour mon piano, et où ils auront un petit coin de jardin pour jouer à la terre ou à l’eau.

Je voudrais que les enfants n’aient pas à faire face à la douleur de leur père. Je voudrais qu’ils ne m’en veuillent pas pour ça.

Alors qu’en réalité, je sais qu’il va souffrir, et je dois l’accepter. Je sais que les enfants vont souffrir, et je dois l’accepter et faire en sorte que ce soit le moins difficile possible pour eux. Je sais que les gens vont juger et faire des remarques déplacées. Je sais que je vais perdre des connaissances qui se disaient mes amis. Je sais qu’ils vont entendre du mal de moi quand je ne serai pas là. Je sais qu’ils vont pleurer de ne plus voir leur père aussi souvent.

Je sais que ce sera difficile. Et je dois l’accepter. Aller de l’avant et toujours garder en tête mes idéaux de vie. Voir chaque difficulté comme une épreuve et non comme un mur infranchissable. Me protéger et ne jamais plus me soumettre à quelqu’un.

Angoisse, liberté, Séparation

L’attente

Toute sa vie, elle s’était efforcée de faire ce que tout le monde voulait pour elle. Elle avait fait des études de droit, elle était entrée dans l’administration, elle s’était mariée avec un bel ingénieur passionné d’aéronautique qu’elle avait rencontré la veille de ses dix-huit ans.

Et puis, elle avait réussi à dire « merde ». Elle avait divorcé. Ils voulaient des enfants, elle ne tombait pas enceinte. Elle a passé quelques mois dans une école, logée sur place, elle avait fait l’expérience de la vraie vie. De la vie pour elle. Avec ses amis, ses décisions, sa solitude.

Quand elle avait divorcé, elle ne savait pas trop bien pourquoi. Peut-être que cette vie toute tracée lui faisait peur. Peut-être qu’elle s’était rendu compte qu’elle avait plein d’autres choses à vivre avant de pouvoir dire « pour la vie ». Que c’était trop tôt, trop fort, trop vite, trop sage.

Et puis, au lieu de se demander, à ce moment-là, ce qu’elle voulait vraiment, pour elle; quelle vie elle aimerait se construire, quelles étaient ses passions, ses besoins, ses rêves, elle avait replongé. Elle avait rencontré quelqu’un qui lui disait tous les jours qu’elle était belle. Qui la regardait avec amour. Qui l’emmenait au restaurant et en week-end. Elle n’était pas passionnément amoureuse, elle ne savait pas où ça la mènerait cette histoire, mais il était là. Il était gentil. Présent. Attentionné. Et un amant incroyable. Alors elle est restée.

Ils ont fait des enfants sur un malentendu. Elle a insisté, il s’est laissé convaincre. Plusieurs fois, pendant les deux ans et demi d’essai sans tomber enceinte, elle a douté. Elle s’est demandé si elle les voulait vraiment, ses enfants. Et à quel prix. Et si elle ne préférait pas sa liberté, son insouciance. Et puis, elle envoyait ses doutes valser parce que ça lui faisait peur. Parce qu’on n’arrête pas un processus de PMA juste pour des doutes sur ses envies, doutes bien légitimes après toutes ces déceptions. Pour lui, l’enfant n’était pas nécessaire. Le mariage non plus. Mais elle le voulait tellement, il lui a dit oui. Il n’a pas su entendre ses doutes. Elle n’a pas su les dire, elle avait peur de paraître inconstante, elle ne savait plus trop.

Les enfants sont arrivés. Ils ont apporté beaucoup de bonheur, beaucoup de fatigue aussi, et ils ont mis leur couple entre parenthèse. Parce que c’est ce que tous les parents font. Parce que l’enfant impose son rythme, ses besoins, et que rien d’autre ne compte. Le deuxième enfant les a encore plus fatigués. Il avait des bronchiolites à répétition, il dormait mal, il pleurait beaucoup. Ils étaient épuisés. Leur couple n’en était plus un.

Et puis les enfants ont grandi un peu. Un jour les bébés sont devenus de beaux petits garçons qui dormaient paisiblement la nuit.

Alors elle s’est réveillée de cette sorte de torpeur dans laquelle elle était depuis le début des essais. Elle s’est dit « mais, maintenant, on peut recommencer à vivre ! ». Elle a lutté, elle a réfléchi, elle a avancé. Beaucoup. Rapidement. Elle a découvert qui elle était et pourquoi elle ressentait depuis des années ce malaise insidieux qui ne disait pas son nom. Elle a essayé de l’emmener dans ses réflexions. Elle l’a malmené, insécurisé, ils ont beaucoup parlé.

Elle a dépensé beaucoup d’énergie, pendant deux ans, à lui montrer qu’ils pouvaient aussi être heureux. Qu’ils pouvaient apporter un peu de légèreté dans leur vie pesante où les contraintes dictaient leur loi. Qu’ils pouvaient sortir, voir du monde, emmener les enfants où ils voulaient.

Il a tenu bon. Il n’a pas voulu entendre. Il n’a pas voulu la suivre. Il a dit « je n’ai besoin de rien », et « c’est comme ça que je suis bien ». Elle a pris peur. Comment, comme ça ? En ne faisant rien, en ne voyant personne ? En râlant sur les enfants qui le gênaient quand il récurait le sol ? Ce n’était pas possible. Il ne pouvait pas être bien. Il lui disait « je suis mal uniquement de te savoir mal ».

Un jour, un matin après une nuit agitée, l’évidence lui a sauté aux yeux. Elle ne voulait pas de cette vie-là. Tout ce qu’ils avaient construit l’avait été sur des malentendus. Sur une absence totale de communication. Sur des non-dits et des refus de voir. Ils avaient fait, jour après jour, du mieux qu’ils pouvaient, et aujourd’hui, elle ne pouvait plus. Elle réalisait ce jour-là tout ce qu’elle n’avait jamais pu lui dire et qu’elle ne pourrait jamais lui dire.

Elle a eu un sursaut, un instinct. Instinct de vie, instinct de liberté. Ca ne sera pas cette vie. Ca ne sera pas avec lui.

Elle s’est souvenue de cette maxime célèbre « ah si jeunesse savait ! Ah si vieillesse pouvait ! » et elle s’est dit que c’était bien dommage qu’elle n’ait pas su tout ce qu’elle savait sur elle aujourd’hui, il y a dix ans. Elle s’est dit qu’elle aurait dû se poser toutes ces questions plus tôt. Qu’elle aurait dû écouter son instinct qui lui avait dit, dix ans auparavant « cette histoire ne te mènera nulle part ». Mais comme ce n’était pas désagréable, elle n’avait pas écouté son intuition. Elle lui avait juste dit « tais-toi, je m’en fous, aujourd’hui ça me fait du bien ».

Et c’est vrai que ça lui avait fait du bien.

Aujourd’hui, elle quitte cette vie. Elle a toutes les cartes en main. Elle sait qui elle est, elle sait ce qu’elle veut et surtout ce qu’elle ne veut plus. Elle a un gros sentiment de gâchis mais quelque part, sa petite voix qui voit toujours le verre à moitié plein lui glisse « il était là quand tu avais besoin de lui. Il t’a apporté amour et sérénité pendant des années ».

Alors, elle ne regrette rien. Elle réalise qu’elle a seulement vécu ce qu’elle avait à vivre, et qu’il fallait seulement, aujourd’hui, avoir le courage de dire stop.

Elle est là, encore avec lui, mais plus vraiment. Elle a su dire stop. Maintenant il faut vraiment partir. Il n’y croit pas trop, il la retient, il croit qu’elle bluffe, qu’elle fait une petite crise et qu’elle reviendra. Il croyait que ce serait éternel. Elle savait depuis toujours que le temps leur était compté.

Elle est là, mais plus vraiment.

Pas encore tout à fait partie, plus vraiment là. Ne sachant pas si elle doit rire de joie ou pleurer de désespoir. Par moments, l’angoisse la submerge et elle se sent incapable de faire face à cette décision si tranchée, si dépourvue de doute. A d’autres moments, elle se sent seulement très fatiguée.

Elle aurait voulu dormir, des jours et des jours. Le matin, aller au travail lui semble la plus délicieuse des délivrances. S’extraire de ce quotidien dont elle ne veut plus mais qu’elle doit encore supporter un peu. S’extraire de la douleur, de la souffrance, de l’espoir de celui à qui elle a dit stop. Le soir, rentrer chez elle lui semble une punition. Un retour à la prison. Le week-end, une attente insupportable avant le lundi matin libérateur.

Elle n’est déjà plus dans cette vie, mais pas tout à fait dans une autre.